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Système d’exploitation in ze cloud

Dans tous les mots clés à la mode, celui de “cloud” prend une place à part. Paradoxalement, c’est à la fois la vague la moins innovante (avoir des applications “en ligne” c’est aussi vieux que les mainframes des années 50) et la plus intéressante, puisqu’étant complètement en dehors des modes. A la mode et intemporelle, tentant !

Je pestais dans un précédent article sur le manque d’évolution de la fonction “Sauvegarder”. Et pourtant, les applications “in the cloud” proposent une façon beaucoup plus naturelle de gérer ses données, en se débarrassant de la notion de fichier. D’où la réflexion suivante : le cloud va t’il à ce point remplacer tout le reste qu’il devient la seule piste nécessitant une concentration de tous les efforts ?  Ou l’informatique “à l’ancienne” ne peut pas t’elle tirer des leçons de l’informatique connectée ?

Louis Naugès, avec le sens de la modération qui le caractérise, pousse bien sûr à fond sur la piste “cloud” dans son dernier article. J’ai du mal à souscrire à une vision où même Windows 8 devrait être annulé tellement il deviendra inutile ; en revanche, le thème de cet article m’a fait réfléchir : l’ouverture d’une brèche dans laquelle Linux peut/doit s’engouffrer. Et cette brèche, c’est le cloud, la perspective de “casser” le système d’exploitation au sens strict pour aller ailleurs.

Une voie médiane à trouver ?

Google ChromeOS, qui a fait beaucoup parler de lui ces derniers jours, propose une vision extrémiste du cloud : aucun stockage en local, aucune application, tout se passe en ligne. De l’avis de tous, et de Google lui même, ChromeOS se réserve à la niche des Netbooks : il n’est pas possible d’en faire son ordinateur principal, pour plein de raisons :

  • L’obligation (ou presque) d’être connecté est quand même parfois contraignante, en attendant une couverture généralisée du territoire en WiMax
  • Toutes les applis ne se plient pas avec le même bonheur au mode “en ligne”. Difficile d’imaginer un logiciel de montage vidéo, ou même un Photoshop, en ligne (même si, sur ce dernier point, photoshop.com ne démérite pas)
  • Confier l’intégralité de sa vie numérique, données et outils compris, est quand même un peu dérangeant. Le “minitel 2.0” n’est pas très loin…

L’article de Louis Naugès présente un monde où dinosaures et cloud sont en concurrence frontale (et où bien sûr le gentil cloud gagne à la fin). Cela veut il dire que si l’on veut utiliser Photoshop, par exemple, on n’a pas le droit de travailler en ligne ? Et à l’inverse, que si l’on veut bénéficier du cloud, on doit forcément faire une croix sur les applications “traditionnelles” ?

La tête dans les nuages, les pieds sur terre

Vous l’avez compris, je trouve qu’un système tel que Linux, ou du moins une de ses distributions, aurait tout intérêt à se “cloudifier” : garder certains aspects d’un OS classique, mais en s’ouvrant au cloud avec des éléments fondamentaux, inclus dès le noyau, qui prendraient en compte cette dimension. Par exemple :

  • Un FileSystem “cloud”. Aujourd’hui, on utilise des applications telles que PostBox qui se greffent sur l’interface utilisateur. Allons plus loin, avec un système incluant nativement un stockage distant, avec versioning et abstraction du support. Un FS, tel qu’on commence à en voir avec l’extension FUSE, mais inclus dans le noyau de l’OS, le rendrait exploitable par les applications “traditionnelles”
  • Une interface de gestion de fichiers hybride, mixant online et local de manière transparente pour l’utilisateur
  • Des drivers externalisés, pour les imprimantes par exemple : des serveurs d’impression directement hébergés par le constructeur de l’imprimante, la machine locale ne servant plus que d’intermédiaire pour transmettre à l’imprimante locale un flux binaire
  • Des applications locales et des Webapps cohabitant harmonieusement dans un même répertoire “Applications”
  • Des primitives d’accès à un SGBD distant, permettant le stockage de structures de données complexes online (carnet d’adresses, par exemple)
  • Un vrai desktop, mais déportable (un peu à la manière d’un JoliCloud) permettant de retrouver son environnement de travail sur un poste quelconque

Un tel système vous tente ? Des pistes commencent à se dresser (par exemple, Dot4Net pour les applications .Net). Mais, comme j’ai essayé de le présenter ici, le “signe fort” doit venir du système d’exploitation lui même. Difficile de connaître les intentions de Microsoft et Apple pour Windows 8 et pour le successeur de Snow Leopard (même si Microsoft commence à donner quelques signaux forts du côté des générations à venir de Windows Server). En revanche, la destinée de Linux est à écrire. Les perspectives sont plutôt excitantes ! A suivre…