Comment la technique peut nous protéger de la distraction ?

Les smartphones monopolisent notre esprit. Nous les consultons plusieurs centaines de fois par jour ! Et si nous ne les consultons pas, ce sont eux qui nous rappellent à l’ordre via des notifications incessantes.

Comment repenser ce système et faire en sorte que la technique soit à sa vraie place, là où elle peut nous faire grandir, et pas nous rabaisser à un rôle d’esclave de ses sollicitations ? Un intervention éclairante de Tristan Harris, un ancien UX Designer chez Google qui a fondé Humane Tech, centre dédié à la réflexion sur une informatique plus humaine.

Better done than perfect

J’ai croisé à de multiples reprises des projets qui stagnaient, ne parvenant jamais à respecter une date de sortie, sous prétexte de vouloir atteindre la perfection avant de sortir vraiment du bois.

Bien sûr, l’objet de ma réflexion du jour n’est pas de mettre en ligne n’importe quoi, ou de fournir au client des versions complètement buggées de ses outils.

Mais il ne faut jamais oublier une chose : dans le monde virtuel du numérique, rien n’est figé. Si une maison, une voiture est mal conçue, “buggée”, il y a de fortes chances que cela va entraîner de lourds travaux, et parfois remettre en question l’ensemble du projet.

Ce genre de situation est rare dans le domaine du numérique. Essayer, puis revenir en arrière, est le lot de tous les développeurs. Dans certaines méthodologies de conduite de projet, on enseigne même le “courage” de jeter du code, qui a deux vertus :

  • déjà, on s’est assuré d’avoir essayé
  • jeter puis réécrire, c’est s’appuyer sur son expérience pour refaire proprement, plutôt que de bidouiller un existant
  • enfin, on utilise la souplesse du numérique pour se dire que jeter n’est pas très coûteux ; dans des cycles de développement agile, on parle d’une journée au maximum.

Une perfection utopique

Se dire qu’on va atteindre la perfection lorsqu’on aura parfaitement exécuté un cahier des charges, c’est se fermer les yeux sur une composante essentielle : le feedback utilisateur.

Un cahier des charges n’est souvent qu’un ensemble d’hypothèses faites sur la potentielle adaptation d’un outil à un utilisateur. On peut tenter de s’approcher d’une forme de vérité en impliquant un maximum d’utilisateurs dès les phases de conception (c’est même fortement conseillé) ; en revanche, même avec une implication maximale, il y a fort peu de chances que l’on parvienne à l’outil idéal dès sa première version. Parce qu’on n’est jamais exhaustif. Parce que l’utilisateur n’a forcément qu’une image imparfaite de l’outil tant qu’il ne l’a pas entre les mains.

Ce constat pourrait être affolant. Plutôt que d’affoler, il est souvent ignoré, en rejouant pour la n-ième fois la comédie du cahier des charges parfait. Mais il pourrait bien mieux être pris en considération en appliquant le principe du “mieux vaut fait que parfait”.

Rome ne s’est pas faite en un jour

Facebook était loin de ressembler au Facebook actuel lorsqu’il est sorti dans sa première version. Il était très loin d’être parfait, ni même très conforme à l’idée même d’un réseau social puisqu’il n’était qu’une esquisse, codée à la va-vite sur un coin de table, pour noter le physique des filles de l’université où était Mark Zuckerberg.

Windows était loin d’être parfait dans sa version 1.0. Il était même catastrophique.

On pourrait reproduire ces exemples à l’infini. Et surtout les décliner à d’autres univers que celui de la création logicielle. N’importe quel Youtubeur vous dira que leur première vidéo était catastrophique.

Mais il y a un principe important : Ne jamais publier sa première vidéo, ou son premier jet, ou clore un projet dans sa première version sans attendre la perfection, c’est aussi ne jamais se donner la chance de faire un deuxième jet, une deuxième version qui tirera des leçons de la première. Et ainsi de suite.

Lorsque j’ai eu l’occasion de travailler avec des grosses structures, des administrations, je m’attendais souvent avec crainte à des organisations pesantes, à des processus tuant toute motivation et créativité. Mais en fait, très souvent, j’ai eu affaire à des gens très compétents, motivés, mais qui souffraient d’un défaut qui plombait leurs projets sans souvent qu’ils s’en rendent compte : le désir de rendre quelque chose le plus parfait possible.

Le numérique est l’idéal pour expérimenter

Dans un univers qui bouge en permanence, on est très souvent amené à faire du “jetable”, du temporaire. Parce que les délais sont contraints, parce que la ligne directrice est trop floue pour en faire quelque chose de solide. Plutôt que de subir une frustration d’avoir quelque chose de “jetable”, une bonne façon de voir les choses est de se dire qu’il s’agit simplement d’un essai, d’une première version que l’on sortira de la manière la plus souple possible.

Peut-être qu’il n’y aura pas d’autres version, mais peut être aussi que de cette expérimentation naîtra une nouvelle idée, ou une variation du projet qui finalement le fera aller de l’avant. Parce que l’on aura eu un feedback peu coûteux.

Certes, ce principe est plus facile à appliquer lorsqu’on effectue en travail en interne que lorsqu’on passe par un sous-traitant, une entreprise de services qui réalise le travail pour vous, et qui elle n’aura qu’une seule logique : celle de facturer au plus tôt, et donc de clore définitivement un projet au plus vite, quitte à ensuite faire des opérations de maintenance ultérieures qui seront facturées à leur tour. Mais de plus en plus d’entreprises du numérique se font à ces façons de procéder, ne serait ce que, comme on l’a vu plus tôt, c’est le mode de fonctionnement habituel des développeurs.

Devenir accro au feedback

Si je n’avais qu’une seule leçon à donner à mes étudiants en gestion de projet, ça serait de devenir un drogué du feedback. C’est la seule chose qui compte, et tous les projets devraient être conçus ainsi : comme des outils à délivrer du retour utilisateur.

Lorsque l’on met les utilisateurs dans la confidence de cette phase “expérimentale”, on s’aperçoit souvent qu’ils ne prennent pas mal du tout l’information, voire qu’ils peuvent se sentir presque flattés d’être impliqué ainsi dans votre projet.

Pour les personnes impliquées, délivrer à un rythme très fréquent sans chercher la perfection, c’est se donner la possibilité de “jeter” certains travaux sans vivre le traumatisme de mettre à la poubelle d’un coup des années de travail. Et ils vous seront redevables d’avoir pris la peine de recueillir du feedback le plus tôt possible.

Et pour le décideur, c’est l’outil parfait pour sortir de la “pensée magique” d’une vision hors sol qui devient une réalité à succès. On trouvera toujours des exemples où un entrepreneur a trouvé la formule miracle dans son coin, mais la plupart du temps, une vision ne se retrouvera que plus solide si elle est nourrie par un feedback conséquent.

Ce cher Steve Jobs, exemple type du dirigeant intuitif, disait souvent qu’il ne voulait pas s’appuyer sur l’avis de ses utilisateurs, en citant Henry Ford : “Si j’avais demandé à mes clients ce qu’ils souhaitaient, ils m’auraient parlé d’un cheval plus rapide”. Mais il ne faut pas oublier que, si Apple est effectivement parti d’une intuition, ou plutôt d’un pari (celui de l’explosion du marché de l’ordinateur individuel), le vrai succès de la firme s’est fait via de nombreuses sorties, plutôt fréquentes, qui ont permis d’affiner la stratégie de la marque pour aller vers quelque chose de vraiment conforme aux besoins réels de l’utilisateurs. Et, à moins d’avoir les moyens d’Apple, le meilleur moyen pour vous d’y parvenir est encore d’adopter la devise : Better done than perfect !

Vers moins de bullshit et plus de technologie humaniste : pourquoi la vague du tech backlash est une excellente nouvelle

Les entrepreneurs européens ont une chance incroyable : nous avons une boule de cristal à portée de main.

Si si ! Et pas besoin de Madame Irma pour cela. Il suffit de regarder ce qui se passe aux USA !

Même si cela fait parfois mal à l’ego de se le dire, il faut se rendre à l’évidence : une bonne partie de ce qui se passe chez nous s’est passé il y a quelques mois ou années aux Etats-Unis. D’une part parce que l’art du “copycat”, qui consiste à s’inspirer très largement de ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, a depuis longtemps fait ses preuves (les chinois en savent quelque chose), d’autre part parce que les Etats-Unis sont depuis longtemps bien plus actifs en ce domaine.

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Premier retour d’expérience sur l’entreprenariat en famille

Je vais essayer de faire ici, de temps en temps, des retours un peu plus informels sur la façon dont se déroule notre petite entreprise. Pas de comm, pas d’influenceur, juste des retours les plus transparents possibles, pour se raconter les choses, la petite histoire derrière ce travail.

Je l’avais un peu expliqué dans un autre billet, JD&Co était pensé dès le début pour être une entreprise familiale : j’avais inclus mes deux fils dans le capital de la société, au moins pour tenter de leur donner le goût d’entreprendre, et dans l’espoir de voir se créer des synergies entre nous.

J’ai été frappé par cette chronique de Jean Rivière (oui, ici on aime bien Jean Rivière, ce côté ton décalé et direct, loin des claquettes futiles des vendeurs de rêve) qui disait que le meilleur moyen de gérer sa famille tout en portant un projet d’entreprise, c’était encore de faire en sorte que ce projet soit porté en famille. Et c’est ce qu’on tente de faire. Et autant le dire : c’est vachement bien. Et stimulant. Et épanouissant. J’ai rarement ressenti autant de sentiment de gratitude qu’en portant les quelques projets qu’on a eu ces derniers jours en famille.

On se connaît par coeur, on peut se parler cash, et on retrouve une complicité qu’on avait peur de perdre en s’éloignant peu à peu, l’âge adulte et les projets de chacun n’aidant pas.

J’ai tellement travaillé en solo que j’en avais oublié la stimulation, l’esprit d’émulation qu’on peut avoir en portant des projets à plusieurs, à condition d’avoir une bonne complicité, pas trop de hiérarchie, de “management”, mais plutôt le goût simple de réaliser des choses, de “délivrer” comme disent les américains. Et c’est exactement ce qui se passe : en quelques jours, on a dans un esprit très simple mais très agréable tombé une somme de travail impressionnante, dont certaines tâches qui trainaient depuis longtemps dans ma liste de trucs à faire.

Lorsque mes jeunes étaient petits, on avait une tradition : à chaque fête des pères, on se lançait un projet. Ca pouvait être un petit spectacle, un bout de film, n’importe quoi, mais qu’on réalisait “en bande”, avec la satisfaction d’avoir bricolé à la fin de la journée un truc qui nous ressemblait. J’ai l’impression depuis quelques jours de vivre une “fête des pères” permanente, et c’est plutôt agréable 🙂

Facebook et son influence

On n’a pas fini de vivre les conséquences du Brexit annoncé depuis maintenant 3 ans. Mais comment les britanniques en sont arrivés à ce vote ?

Ce talk très intéressant décortique le rôle qu’ont pu jouer les réseaux sociaux, et Facebook en particulier, dans l’influence sur les électeurs avant de mettre leur bulletin dans l’urne. En n’oubliant pas que Facebook a également joué un rôle primordial dans la victoire de Trump en 2016 !

Derrière cette enquête, c’est surtout le phénomène d’influence qui est ici décrit. Comment les gens vont jusqu’à oublier leur réalité du quotidien, de la “vraie vie”, pour y substituer les sensations qu’ils ont devant leur écran. Comme si le message ainsi diffusé imprimait mieux dans les esprits que le vécu.

Comme toujours, les réseaux sociaux représentent le pire comme le meilleur de l’humain. C’est un caisson amplifiant jusqu’à l’extrême les thèses les plus sophistiquées comme les discussions de comptoir les plus hors sol. On reviendra sur la perception des réseaux sociaux par leurs usagers…

Bonnes pratiques de visioconférence

Je constate fréquemment que, malgré une technique maintenant au point, la plupart des utilisateurs de visioconférence n’en font pas vraiment un usage optimum.

J’ai fait un petit podcast sur le sujet, que voici

En complément, voici quelques conseils que je peux donner, après avoir expérimenté plein d’usages différents, et en utilisant au quotidien ce magnifique outil :

  • Pas besoin d’équipement haut de gamme pour réussir une visioconférence ! N’importe quel téléphone un peu récent suffit. J’utilise pour ma part un iPhone 6S, et qui ne m’a jamais fait défaut
  • Utiliser de préférence un téléphone, ou une tablette : les versions “app mobile” des outils de visio sont souvent bien plus matures que leur équivalent Desktop. De plus, l’intégration audio/vidéo est souvent bien meilleure sur un téléphone (il ne faut pas oublier en outre qu’un iPhone récent est plus puissant que la plupart des ordinateurs portables…)
  • Si vous avez besoin de faire un conférence à plusieurs, il est parfois plus simple de s’installer chacun derrière son ordinateur plutôt que d’avoir une “salle de visioconférence” dans laquelle s’entassent une partie des participants. Ainsi, tout le monde est sur un pied d’égalité, et il n’y pas de différence de traitement entre les présents sur place et ceux à distance !
  • Si vous tenez à vous réunir dans une salle, peu importe l’équipement, en revanche il est important d’avoir un micro omnidirectionnel pour que chacun puisse être audible
  • Plus généralement, le son est l’élément primordial d’une visioconf réussie. La vidéo peut être perfectible, mais un son trop grésillant ou instable va vous agacer très rapidement. Si vous le pouvez, utilisez un micro-casque
  • La visioconf s’accomode peu d’un fonctionnement où tout le monde parle à la fois. Il va falloir se discipliner, ne pas trop couper la parole, mais c’est finalement pour le meilleur ! Si vous avez du mal, je conseille d’avoir un “maître de cérémonie” qui passera la parole, et qui devra s’assurer que chacun a l’occasion de s’exprimer. Et lever la main pour demander à prendre la parole n’est pas réservé à une salle d’école primaire !
  • N’hésitez pas à vous connecter plusieurs fois. Par exemple, il m’arrive d’être connecté trois fois sur une visio, avec mon téléphone pour être filmé, ma tablette pour pouvoir dessiner sur le tableau blanc, et mon ordinateur pour partager l’écran et faire des démonstrations
  • Pour “casser la glace”, et vous habituer à cet environnement, n’hésitez pas à faire des visioconf sans enjeu. Par exemple, il m’arrive de faire des visios un mug à la main pour faire une pause café entre collègues, et parler de tout et rien, dire du mal des gens, se raconter les potins, bref rendre la visio (presque) aussi conviviale qu’une machine à café !
  • Si je n’avais qu’un seul conseil à donner, c’est celui ci : il faut absolument désacraliser la visioconférence. En ayant suffisamment confiance en la technique, et en ne faisant pas de la communication avec la personne à distance un moment clé, mais au contraire une expérience aussi banale que ce qu’est devenu un coup de téléphone à un interlocuteur

Le jour où vous commencerez une visioconf sans dire “allooooo tu m’entends ????”, ça voudra dire que vous avez suffisamment confiance en votre outil, et donc que votre pratique est en bonne voie !

Richard Stallman s’en va

Richard Stallman, l’inventeur du logiciel libre, et l’évangéliste infatigable d’une autre façon d’envisager le développement logiciel, s’en va, par la petite porte, en démissionnant le plus discrètement possible de son poste au MIT, et surtout de la présidence de la Free Software Foundation, suite à un mini-scandale plus ou moins lié à l’affaire Epstein et aux tensions qu’amènent toutes ces affaires liées à la sexualité.

(sans chercher à m’aventurer sur un terrain glissant, disons juste que Stallman n’est pas accusé du tout d’agression sexuelle, mais d’une prise de position plutôt abrupte suite à une accusation portée sur un de ses défunts collègues).

Stallman est une légende dans le milieu du développement, car il a par sa personnalité et sa conviction, initié et personnifié à lui tout seul tout le mouvement du logiciel libre, incitant les développeurs et l’industrie informatique à lutter contre la notion même de licence logicielle en tant que propriété intellectuelle, considérant que l’oeuvre logicielle doit faire partie des biens communs, une sorte de patrimoine immatérielle de l’humanité.

De grands logiciels sont sortis de ce mouvement, dont Linux, Firefox… Le logiciel libre, et son pendant un peu plus politiquement correct l’open source, ont marqué, et continuent à marquer cette industrie.

Pourtant, je n’ai jamais considéré Stallmann comme étant le meilleur représentant possible du mouvement. J’avais écrit à ce sujet il y a quelques années, en argumentant que d’utiliser une personnalité aussi clivante n’était pas forcément la meilleure idée qui soit, lorsqu’il s’agissait de trouver une nouvelle force face à une industrie de plus en plus portée par le monde financier.

Le logiciel libre est depuis quelques années dans une situation assez paradoxale. Son influence n’a jamais été aussi grande, il suffit de regarder le nombre de logiciels faisant tourner Internet et le web aujourd’hui ; même Microsoft s’y met depuis quelques temps. Mais c’est comme si l’argent s’était éloigné de la notion de licence logicielle, pour se concentrer sur la vente de services, en SaaS, là où le code logiciel n’a pas à être libre ou non : il est de toute manière caché derrière des serveurs qui délivrent du service de manière commerciale, caché dans un territoire où ni Stallman, ni les autres ne peuvent intervenir.

Difficile de dire si le mouvement du logiciel libre, et la FSF, vont trouver un ton nouveau avec le départ de Richard Stallman. Mais le modèle économique du libre est un domaine qui reste passionnant, et fragile.

L’après smartphone se profile. Mais à quoi ressemblera t’il ?

La présentation des nouveaux appareils photo, pardon, des nouveaux smartphones de chez Apple, lors de la traditionnelle présentation (on ne dit plus “keynote”, on dit “special event”) de rentrée, n’a pas vraiment passionné les foules, même si les investisseurs sont eux ravis de voir s’étoffer l’activité “services”, fort lucrative, de la firme.

Cela fait déjà un moment que l’on parle d’itérations successives : difficile, en étant objectif (même si les orateurs de chez Apple le sont fort peu), d’utiliser désormais à outrance le terme “révolution”, tellement les évolutions des téléphones intelligents se font maintenant à petits pas, certes assurés, certes parfois impressionnants de maîtrise technologique, mais sans grand chamboulement.

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