Finalement, les robots ne vont (peut-être) pas tuer nos jobs

Une remarquable conférence TEDx datant de cet automne remet en question pas mal de discussions autour de la robotisation, de l’automatisation qui est de plus en plus présente. Nombreux, dont moi, affirment haut et fort qu’il faut se préparer à une chute spectaculaire des emplois dans le monde, le numérique nous amenant à automatiser de très nombreuses tâches : les emplois de caissières, de routiers, d’accueil à la banque, pour n’en citer que quelques uns, sont très objectivement menacés à une échéance de moins en moins lointaine.

L’économiste David Autor nous propose une lecture un peu différente : certes, la destruction d’emploi est inévitable. Pire, elle n’est pas nouvelle : entre la fin du XIXème siècle et maintenant, le travail agricole aux Etats-Unis est passé de 40% de la population à moins de 2%. Du point de vue du paysan de 1850, c’est une nouvelle terrible. Mais si l’on regarde les choses autrement :

  • la créativité et l’inventivité humaine qui a permis de réduire de 98% la main d’oeuvre tout en continuant à assurer la mission de nourrir son peuple est impressionnante
  • la chute de cette manne de travail a provoqué un malaise dans l’inadéquation entre formation et emploi, mais a aussi provoqué l’explosion (et le financement) des lycées américains qui permettent les emplois (et les compétences) d’aujourd’hui
  • force est de constater qu’il n’y a pas plus de chômage aujourd’hui à l’époque. En revanche, la plupart des métiers actuellement pratiqués n’existaient pas, et n’étaient même pas imaginables à l’époque. Qui aurait pu à l’époque décrire le métier de développeur web, de prof de yoga, ou de dresseur de pokémons ?

Un autre aspect intéressant de la conférence, même s’il est moins surprenant -et bien moins positif- est le fossé qui se creuse entre la main d’oeuvre hautement qualifié, et celle non qualifiée. L’automatisation va en effet s’attaquer pour bonne partie aux activités d’une certaine “classe moyenne”, ne laissant champ libre, si l’on ne fait rien, qu’à des ingénieurs, ou de la “petite main” qui sera chargée de ce que les robots ne savent pas faire. Pas très réjouissante projection !

Les concepts tels que le revenu de base nous amènent à nous préparer à une chute drastique du nombre d’emploi. Mais réfléchir AUSSI avec d’autres perspectives est important, et le point de vue pondéré, réfléchi et argumenté de ce professeur est bigrement intéressant. A voir !

Coup de gueule d’un Macophile perdu

Mon premier Mac était un Powerbook 12 pouces. Je ne suis donc pas un macophile de la première heure, mais ça fait maintenant 12 ans que j’ai abandonné, sans aucun regret, l’univers des PC.

Pour moi, la découverte du Mac, avec à l’époque OSX 10.3, c’était un cocktail unique entre simplicité d’usage, stabilité, accès aux applications les plus courantes, et univers Unix. Pour le Linuxien que j’étais, c’était le parfait compromis entre robustesse et simplicité : je trouvais enfin mon outil de travail qui me permettait de travailler au quotidien sans avoir à me soucier de la moindre bidouille, tout en profitant d’un environnement bien plus cohérent que ce qu’offraient les PC de l’époque.

L’aspect matériel n’est pas pour rien dans le plaisir d’utiliser un Mac : finition parfaite, puissance matérielle, et parfaite cohérence software/hardware. Bref, quelque chose d’équilibré, de pensé pour l’utilisateur.

Pour la première fois, à l’issue de la keynote d’hier présentant la nouvelle génération de MacBook Pro, mon premier réflexe n’a pas été d’étudier le détail des fonctionnalités de la bête, mais.. d’aller voir l’offre concurrente. Asus, HP, et il faut bien admettre que la comparaison est cruelle.

Un catalogue incohérent

Certes, le prix excessif des Mac n’est pas une nouveauté : ça fait longtemps qu’on sait qu’ils sont vendus à prix d’or, que l’utilisation quasi systématique d’adaptateurs est agaçante, et que les performances ont été plus d’une fois sacrifiées sur l’autel du design, avec la course au plus châssis le plus fin. Mais on a atteint là des sommets d’incohérence et d’offre en décalage avec les besoins.

Si on regarde le catalogue actuel des Mac portable, voici ce qu’on a :

  • une entrée de gamme portable constituée d’une machine de 2013, le MacBook Air 13 pouces, largement au dessus de 1000 euros (1 099), et doté d’un écran inacceptable au vu du prix (sans parler du stockage minimaliste…)
  • une “vraie” entrée de gamme, le MacBook, au prix inaccessible pour un usage “d’entrée de gamme” (1 449 euros), et aux performances anémiques. L’utilisation d’un CPU m3 est un scandale au vu du prix. J’imagine que le futur de cette entrée de gamme passera par un CPU ARM/Apple, en attendant, ça reste une machine bancale, qui montre le futur sans doute, mais sans permettre de l’atteindre
  • un MacBook Pro tellement cher qu’il est proposé en trois points d’entrées : l’ancien MacBook Pro, qui serait une bonne affaire si son prix avait un peu baissé (ce n’est pas le cas) ; le nouveau MacBook Pro mais sans TouchBar, à l’intérêt très limité d’autant plus que son électronique est au rabais. le “vrai” nouveau MacBook Pro qui est diablement séduisant, mais avec un ticket d’entrée délirant.
  • Le MacBook Pro 15″ est finalement le plus cohérent, avec des tarifs élitistes, mais destiné à une clientèle élitiste.

Bref, la gamme est illisible, avec d’anciens modèles indécents dont la présence n’est liée qu’au prix, et d’autres modèles qui sentent fort la phase de transition.

Et je ne parlerai pas de la gamme “bureau” des Mac, qui est aujourd’hui complètement scandaleuse et inadaptée : qui va acheter aujourd’hui un Mac Mini pas mis à jour depuis plus de deux ans ? Un MacPro inchangé depuis plus de trois ans ? et même un iMac qui, bien qu’un peu plus récent, mériterait sans doute un upgrade…

Un nouveau modèle contestable

Quant au nouveau MacBook Pro.. il est “parfait” au sens de la finition, de la conception, comme d’hab j’allais dire. Mais de là à dire qu’il est irrésistiblement attirant…

J’ai le temps de changer d’avis, mais la Touch Bar me semble un gadget plus qu’autre chose : tout utilisateur d’ordinateur travaille à savoir taper au clavier sans avoir à le regarder. Quelle est la logique ergonomique de faire un retour en arrière sur ce point ? Et le caractère éphémère, en perpétuel changement, de son interface, risque de pas mal perturber. Ne pas avoir la certitude d’avoir à portée de main les touches de réglage du son, par exemple, me contrarie, personnellement. De plus, la plupart du temps, les raccourcis proposés sont les mêmes que ceux disponibles à un clic de souris. Bref, ça risque d’être une solution un peu bâtarde :

  • pour les fans du clavier, on perd le côté “usage sans regarder le clavier”, et la certitude de pouvoir utiliser ses raccourcis habituels
  • pour les afficionados de la souris ou du trackpad, l’intérêt de jongler entre souris et clavier laisse dubitatif
  • pour tous ceux qui vont utiliser un clavier/écran déporté une fois au bureau (soit, par exemple, 99% des postes faisant de l’édition vidéo), cette solution apparait complètement inutile

Cette Touch Bar est clairement une réponse compatible avec le “dogme” qui prédomine chez Apple depuis Steve Jobs : un écran d’ordinateur ne doit pas être tactile. Le récent Surface Studio de Microsoft, qui pourrait être un lointain successeur du génial iMac G4, montre qu’il est possible, d’un point de vue matériel du moins, de bénéficier des deux mondes, avec une réelle envie d’innovation, de prise de risque.

La disparition du MagSafe me contrarie beaucoup : je ne compte pas le nombre de fois où j’ai sauvé mon Mac d’une mort certaine grâce à cet astucieux connecteur. Et puis, dans les multiples petits détails qui faisaient (quelle tristesse de devoir parler à l’imparfait) la différence : il n’y aura plus désormais de petite LED sur le connecteur pour signaler s’il est bien enclenché, si l’ordi est en charge… Seule consolation : on va pouvoir rapidement pouvoir alimenter son Mac avec des chargeurs qui seront probablement moins onéreux, et plus solides, que ceux fournis d’origine.

Mais ce n’est pas la seule frustration ; plusieurs détails montrent l’incohérence totale de la politique d’Apple concernant les connecteurs :

  • impossible de recharger une Magic Mouse sans adaptateur, puisque le câble fourni avec la souris est en USB
  • impossible d’utiliser des écouteurs Lightning pourtant sortis il y a moins d’un mois, puisqu’aucun port Lightning n’est présent

Alors, bien évidemment, la politique d’Apple de forcer à un nouveau standard, et c’est sans doute leur rôle, au vu de leur puissance. Mais forcer DEUX standards simultanément, incompatibles entre eux, est complètement aberrant.

Des performances déjà dépassées

Mais le plus gênant est de devoir se coltiner des performances d’arrière garde :

  • DDR3 pour la RAM,
  • CPU avec une génération de retard,
  • GPU disponible uniquement sur la version 15 pouces, avec des performances déjà contestées,
  • caméra frontale en 720p, alors que même un “simple” iPhone 7 propose du 1080p

“frustration” est un mot faible lorsqu’on se retrouve à acheter une machine hors de prix, qui vient de sortir, tout en sachant qu’elle a déjà un train de retard. Finalement, seuls les connecteurs, en Thunderbolt 3, sont pleinement d’actualité. Mais quel intérêt de proposer une machine avec 4 ports Thunderbolt-3 si c’est pour ne pas pouvoir exploiter les capacités, par exemple, de deux écrans 5K connectés simultanément, faute de puissance suffisante ou de GPU absent ou anémique ?

Un modèle classique de chez HP propose aujourd’hui, à tarif équivalent, des performances et un équipement autrement plus complet et à la pointe des technologies disponibles actuellement.

Même le design n’est pas spécialement enthousiasmant : certes, on reprend ce qui était déjà un progrès du côté du MacBook (le clavier “papillon” en tête), certes le trackpad agrandi sera confortable, mais les bords noirs autour de l’écran, pour ne reprendre que cet exemple, sont toujours aussi épais, là où d’autres constructeurs arrivent à des miracles. On aurait pu rêver d’un 14 ou 15 pouces dans le châssis du 13… ça ne sera pas pour cette fois.

Et maintenant ?

Bref… je ne me reconnais pas dans ces nouveaux produits. Jusqu’à présent, les Mac étaient des merveilles technologiques, des outils très pragmatiques pour l’informaticien que je suis, tout en apportant un gros plus en terme de design qui était appréciable. Ce que Steve Jobs avait décrit dans une keynote par “The power AND the sex”. On le sentait depuis un moment, tout ceci n’est plus désormais qu’une affaire de design. Sans même parler de la fermeture totale du matériel, n’importe quel argument rationnel pousse à abandonner le Mac. N’importe quel argument, sauf bien sûr MacOS, que je ne peux pas m’imaginer quitter.

Qu’espérer pour la suite ? Je me prends à espérer que le MacBook d’entrée de gamme soit rapidement boosté par un processeur ARM. Il y perdra en versatilité, mais au moins il pourra bénéficier de la puissance qui est disponible dans les iPhone et iPad. Et peut-être cela sera-t’il le premier pas vers des appareils hybrides pouvant faire fonctionner des apps Mac ET iOS dans un même environnement.

Mais plus ça va, plus je finis par me dire que la vraie réponse, pertinente, innovante, ne pourra pas venir d’Apple, ou du moins de l’Apple d’aujourd’hui, complètement orienté design et marketing, avec plus personne pour être la “conscience client”, rôle que jouait Jobs à merveille dans l’entreprise. Un article récent affirmait que Tim Cook était le Steve Ballmer d’Apple : un gestionnaire capable de faire exploser le chiffre d’affaires, mais sans aucune vision produit, laissant la porte ouverte à des initiatives internes nombreuses mais incohérentes et au final ne menant pas à grand chose. Je déteste glisser dans le “c’était mieux avec Steve”, mais il est aujourd’hui difficile de ne pas faire ce constat…

 

Comment Twitter pourrait devenir un bien commun

Les commentateurs n’en finissent pas d’étudier le déclin de Twitter. Non pas que le service en lui-même décline, il n’a jamais été autant populaire. Mais d’un point de vue financier, il pose clairement de plus en plus de problèmes. Les deux griefs les plus relevés sont :

  • l’absence de croissance exponentielle. Le service croît, mais sans une poussée stratosphérique comme on pourrait en rêver pour une startup
  • la difficulté de trouver un modèle économique. Chaque rajout fait prendre le risque de perdre le socle d’utilisateurs, qui sont très attachés à la simplicité de l’outil.

Mon propos est dévoilé dès le titre de cet article, je rentre donc dans le vif du sujet : à mon sens, Twitter devrait rendre son socle de base public, le confier à la communauté, pour se recentrer sur ses activités à valeur ajoutée.

Absurde ? Irréaliste ? Peut-être. Mais si on regarde les données du problème, on s’aperçoit qu’au final, la position dans laquelle se trouve actuellement ce réseau social est encore plus absurde.

Un modèle économique délicat à trouver

Tous les spécialistes le savent : Twitter se cherche depuis des années une stratégie d’évolution. Là où Facebook crée de zéro un univers qui lui est propre, ce qui lui permet une créativité sans limite, Twitter a fait de la simplicité extrême de son service sa marque de fabrique. Ainsi, c’est pour bonne part par la capacité à ses utilisateurs de s’approprier l’outil en en inventant les règles que Twitter a eu du succès. Et cela n’a été possible que par la simplicité extrême de l’outil. Les retweets, la plupart des hashtags ont été inventés par les utilisateurs eux-même.

Ainsi, chaque modification du cahier des charges peut prendre des proportions démesurées (on se souvient par exemple des multiples rumeurs sur l’extension de la taille maximale d’un tweet).

C’est ainsi qu’il est devenu, au fil des ans et des habitudes des utilisateurs, de plus en plus délicat d’introduire un modèle économique, des fonctions rémunératrices, pour l’opérateur.

Twitter exige une infrastructure très importante pour pouvoir fonctionner : certes les messages sont courts, mais le temps réel impose un fonctionnement délicat à maintenir, et d’autant plus avec une charge utilisateur importante. D’où l’importance de pouvoir faire rentrer beaucoup d’argent, sans même parler de rémunérer les actionnaires, mais simplement de faire vivre le service.

Après de nombreuses tentatives avortées, Twitter n’a jamais vraiment trouvé d’autre modèle économique que l’ultra classique « tweet sponsorisé ». Mais même ce modèle là est difficile à mettre en place, ne serait ce que par le modèle « timeline » de Twitter : un tweet n’a pas vocation à rester sous le nez de l’utilisateur, mais va s’évaporer très rapidement derrière d’autres tweets plus récents. Pas l’idéal pour vendre un support pub !

Une stratégie castratrice pour l’écosystème

Et pourtant, Twitter avait la possibilité d’ouvrir largement plus la créativité et les modèles de rémunération, en ouvrant sa plateforme à d’autres acteurs. Malheureusement, ce modèle a très rapidement dû être freiné : Twitter devant assumer la charge de sa plateforme, s’ouvrir à d’autres s’avérait un vrai-faux ami. C’est ainsi que dès 2010, les règles du jeu évoluèrent en défaveur des acteurs gravitant autour de Twitter, brisant de nombreux modèles économiques et bridant Twitter en le recentrant sur sa maison mère.

Cette situation assez paradoxale, où Twitter s’est mis à appuyer fortement sur le frein de l’évolution de son écosystème, ne s’explique que par la nécessité de maintenir son infrastructure, et la peur de partager un monopole, tout en amenant le paradoxe de fortement freiner la popularité et l’engouement vers le service.

Un fonctionnement opaque dangereux pour la liberté d’expression

Une chose est sûre, et fait l’importance de Twitter : le réseau social est devenu un canal incontournable de diffusion de l’information. On ne présente plus le rôle qu’à pu jouer cet outil dans les révolutions arabes du début des années 2010, ou dans la façon de communiquer des politiques, officiels comme dissidents, d’aujourd’hui.

Néanmoins, la question se pose de plus en plus : est-il vraiment raisonnable de confier un canal crucial dans la communication internationale à une entreprise privée entièrement contrôlée par ses actionnaires, sans aucun système de contrôle de ses règles internes ? Ainsi, les polémiques se multiplient sur des censures arbitraires de tweets ou de comptes utilisateurs qui se retrouvent fermés pour des raisons parfois obscures.

Un modèle existe : Usenet

Cet article, comme vous l’avez compris, pose la question d’une hypothèse où Twitter migrerait sur une plateforme ouverte, et gérée collectivement par la communauté. Ce scénario, peut être un peu irréaliste, aurait pourtant de nombreux avantages :

  • plus de coût d’hébergement
  • plus de centralisation des données
  • des fonctions de base gérées par la communauté, selon des règles et une gouvernance transparente
  • la société Twitter se reconcentrerait sur les services à valeur ajoutée, en ouvrant complètement l’écosystème, en s’exposant certes à la concurrence, mais en se libérant de contraintes arbitraires qui n’étaient dictées que par la nécessité de maintenir l’infrastructure de base du service.

Reste, dans ce scénario utopique, la question du « comment ». Les plus anciens s’en souviennent peut-être : avant même l’apparition du web, et encore plus des forums de discussion, les échanges sur Internet se faisaient via des newsgroups. Techniquement, on parlait de Usenet, standard conçu collectivement, et qui fonctionnait par un système totalement décentralisé, avec un mécanisme de réplication des données assez sophistiqué pour l’époque.

Pour dire l’importance de Usenet, le projet de World Wide Web conçu par Tim Berners Lee a été annoncé sur Usenet ! Idem pour Linux, et pour de nombreuses autres annonces très structurantes pour ce qu’est devenu Internet aujourd’hui.

Malheureusement, Usenet est devenu assez rapidement désuet, son usage étant bien plus complexe que ne peut l’être le web.

Néanmoins, Usenet est la preuve qu’une infrastructure d’échange de messages peut être maintenue de manière décentralisée, collective…et bénévole. Là où Twitter coûte un argent phénoménale en frais d’infrastructure.

Délirant ? Pas tant que cela

L’idée de proposer à une structure commerciale, cotée en bourse, tenue par ses investisseurs, de basculer le coeur de son activité dans le domaine du bien commun peut apparaître au mieux comme une douce utopie, au pire comme une stupidité sans nom. Et pourtant…

La seule issue proposée à Twitter aujourd’hui est celle du rachat. Est-ce moins dangereux ? Certes, pour les actionnaires, c’est le moyen de s’en sortir avec une plus value correcte, à défaut d’être le truc extraordinaire auquel ils étaient en droit d’attendre en misant sur un des trois réseaux sociaux les plus connus sur la planète.

Mais on sait d’avance que, suivant le nom du racheteur, le destin de Twitter peut prendre une tournure très différente, et pour le moins hasardeuse. Un Facebook aurait tout intérêt à diluer la masse d’utilisateur dans son propre écosystème. Un Google serait sans doute moins intéressé par la pérennité financière de l’outil, mais beaucoup plus par l’exploitation des données qui pourrait en être fait.

A l’inverse, rendre le socle de Twitter commun aurait un certain nombre d’avantages : il permettrait d’ouvrir sans frein stratégique la créativité, l’inventivité, la richesse des écosystèmes qui viendraient s’y greffer. Comme on l’a vu, Twitter a été très rapidement contraint, pour des raisons purement stratégiques, de fermer ce robinet là, pour favoriser sa propre valorisation. Avec un tel renversement de la logique, il aurait tout intérêt au contraire de se lancer dans la bataille de surcouches à ce Twitter minimaliste, pour y rajouter toute la valeur ajoutée qu’ils ont en projet.

Est-ce pour autant possible ? Probablement non. Jamais un board d’investisseurs n’a accepté la logique d’ouvrir intégralement sa base d’utilisateurs, pour se recentrer sur la valeur ajoutée qu’il pourrait tirer de l’exploitation de cette base. Et pourtant, à l’heure où le risque de perdre Twitter, de perdre, ou de voir complètement dévoyé, ce canal de communication aujourd’hui indispensable à beaucoup, peut-être est il question de se poser toutes les questions, tous les scénarios possibles.

Et quand bien même. A défaut de rêver à voix haute d’un Twitter communautaire, on pourrait peut être en tirer des leçons pour les projets qui restent à lancer dans les années à venir…

Molotov TV : perfectible

J’attendais avec impatience l’arrivée du projet Molotov.TV, qui fait parler de lui depuis déjà plus d’un an : on savait que la gestation était longue, en particulier à cause des négociations juridiques avec les ayants-droits.

Les forces en présence sont impressionnante : Jean-David Blanc (un jour, les Jean-David domineront le monde…), l’ancien fondateur d’AlloCiné, Pierre Lescure, qu’on n’a plus besoin de présenter. L’association entre un entrepreneur solide et un carnet d’adresses indépassable. Sans doute la meilleure recette pour tenter de changer la donne dans le domaine complexe de la diffusion TV.

Ca fait en effet plusieurs années que tous ceux qui ont tenté d’aborder le sujet des flux TV se sont cassés les dents ; toutes les réussites l’ont été dans des domaines de création de nouveaux supports, YouTube en tête. Mais à aucun moment le domaine de la diffusion classique n’a été vraiment impacté, et ce pour une raison majeure : les droits de diffusion, et la capacité des acteurs en place de tout faire pour maintenir leur positionnement, en ne l’ajustant qu’à la marge.

Il y a toutefois une évolution importante qui existe depuis quelques années : le catchup TV, cette fonction qui permet de revoir, pendant une courte période, une émission de TV. Bien que populaire, cette fonction n’a pas vraiment évoluée depuis ses débuts (hormis pour l’insert de pubs de plus en plus lourdes…), et surtout n’a en rien impacté le fonctionnement habituel d’une télévision “broadcastée” : un flux continu d’images, structuré autour d’une grille de programmes indémontable. Si on veut se tenir informé, il faut être devant son poste à 20h00.

Molotov.TV s’est fixé comme mission de casser ce moule et de déstructurer, délinéariser ce flux TV. On reprend les contenus, mais on les extrait de leur grille de programme et on donne un accès libre et naturel qui mime ce qu’on connaît sur les médias “alternatifs” que sont Youtube ou Netflix : on peut rechercher par catégorie, par mots-clés, commencer un programme, le reprendre plus tard, etc…

Après près d’un an de beta-tests, l’application est de sortie, et est (ou sera au cours des prochaines semaines) disponible sur de nombreuses plateformes : Mac et PC, mais aussi iPad, AppleTV, Android, iPhone, Samsung SmartTV… Pour être clair, j’attendais la sortie de ce service depuis longtemps, et je suis un peu déçu par ce que je découvre. Mais le plus désappointant est que j’ai très peu de choses à reprocher à Molotov.

Un challenge très complexe : les droits d’accès

Pour “délinéariser” les contenus TV, le challenge de Molotov était de mettre à disposition de manière interactive trois types de contenus amenant chacun leur lot de complexité :

  • les contenus du passé, pour faire un ‘replay’ comme le font les applis et sites actuels de Catchup TV
  • les contenus en direct, tels qu’ils sont broadcastés par les chaines de TV
  • les contenus du futur, qui sont annoncés dans les grilles de programmes

MolotovTV propose une application unique rassemblant ces trois cas dans une interface plutôt très bien foutue, intuitive, fluide et élégante. On se promène dans une base de données unique regroupant les programmes passés, présents, et futurs, et, suivant le contexte, on y accède simplement. L’app est fluide, l’image de relative bonne qualité, et le mode premium permet d’accéder à du contenu en haute-définition. La montée en charge semble gérée correctement, les ingés en charge du projet ont bien bossé.

Malheureusement, tout ceci est (pour le moment ?) fortement contraint par les restrictions imposées par les diffuseurs de contenu. Les équipes autour de Pierre Lescure ont réussi presque l’impossible : réunir tous les acteurs français (à l’exception du groupe Canal+) pour mêler les contenus de TF1, France Télévisions, M6… dans une même interface. Rien que ça est un exploit louable. Malheureusement, tout est dans le mot “presque” : chacun des acteurs est venu en apportant de nouvelles restrictions, rendant au final l’expérience utilisateur plutôt décevante.

Du live réussi

Les contenus ‘en live’ sont plutôt bien intégrés : on passe de manière fluide d’une chaîne à l’autre, un écran présente de manière élégante la mosaïque des programmes. Il manque encore une intégration plus poussée des programmes (quel est le programme suivant par exemple), et des bonus techniques qu’on a appris à apprécier sur d’autres supports, tels que le “picture-in-picture” permettant de surveiller un programme pendant qu’on en regarde un autre.

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Les programmes en “live” sont présentés d’une manière agréable et inédite pour un consommateur de contenus en France

La fonction “magnétoscope” n’est pas encore disponible, mais on peut imaginer que tout ceci va évoluer dans les semaines à venir. Pour un peu, on parviendrait à en oublier complètement le broadcast habituel (je continue à regarder chez moi la TV via la TNT classique) pour passer sur ce mode de visualisation un peu plus interactif. Bien entendu, les contenus français ne sont disponibles qu’en France.. mais on finit par avoir l’habitude de ce genre de restriction.

Un replay quasi-inexistant

Les contenus “passés” sont en revanche ceux qui souffrent le plus des contraintes des diffuseurs. La promesse était la suivante : on se balade dans l’ensemble des programmes TV de toutes les chaînes, et on s’affranchit de la contrainte du direct pour pouvoir consulter un programme même si on l’a loupé.

La réalité est malheureusement beaucoup plus contrainte :

  • déjà, TF1 et M6 ont refusé d’intégrer leur replay à Molotov. Rien n’est disponible donc pour ces chaînes, ainsi que pour les chaînes de ces groupes (et ça commence à faire : W9, 6Ter, TMC, HD1…). En gros, on n’a accès au replay que pour les chaînes de France Télévisions. Aouch !
  • De plus, le replay de ces dernières chaînes reste limité par diverses contraintes de droit. Ne comptez pas par exemple visualiser un film en replay.
  • Enfin, le replay n’est disponible que pour une très courte période (7 jours la plupart du temps). Mais on retrouve là la contrainte classique des systèmes de catchupTV.
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Sur les programmes de France TV, on a sur le même écran les programmes passés et futurs. Il semble possible de bookmarker (et donc enregistrer) certains programmes passés, mais ça reste encore flou

Concrètement, pour regarder l’Amour est dans le Pré (oui, je regarde l’Amour est dans le Pré, je fais ce que je veux !), j’ai dû ressortir l’app 6Play (sur mon iPad bien sûr, elle n’est pas dispo sur l’AppleTV). En gros, si vous n’anticipez pas (via la fonction bookmark que je décris dans le paragraphe suivant), vous avez de fortes chances de louper votre programme. Difficile de ne pas être déçu.

On peut imaginer que la situation évolue si le service prend du poids. On peut également espérer que d’autres fonctions de location (payante) de contenu arrivent à terme sur le service. Mais là aussi, les acteurs déjà en place n’accepteront probablement de partager une partie de ces activités que si Molotov devient un poids lourd du secteur.

Un futur encore incertain

L’autre promesse de Molotov (et aussi un des leviers forts de son modèle financier), c’est la possibilité d’enregistrer les programmes de son choix : l’app joue alors le rôle d’une sorte de magnétoscope programmable, on “bookmarke” le programme à venir de son choix, et, après sa diffusion, il est disponible dans son espace personnel.

La fonction est prometteuse… mais n’est pas encore active. Elle est en effet liée à la parution d’une loi sur la création qui a été, comme par hasard, conçue pour s’adapter parfaitement à cette activité de Molotov (merci le lobbying). Cette loi a été votée, est parue au journal officiel, mais Molotov semble dire qu’il soit nécessaire d’attendre pour activer cette fonctionnalité. L’argument semble un peu capillotracté, mais soit.

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L’enregistrement, c’est (pas) maintenant

Cette fonction semble bien intégrée techniquement, et sera plutôt pratique quand elle fonctionnera. Bien entendu, cela implique d’anticiper les choses et de bookmarker le programme avant qu’il soit diffusé ! Ce qui est une contrainte finalement stupide techniquement, puisqu’on se doute que les programmes seront tous pré-enregistrés par Molotov indépendamment des demandes individuelles. Là encore, la contrainte juridico-contractuelle fait sa loi. Néanmoins, l’interface du service semble laisser la possibilité d’enregistrer certains programmes passés (selon quels critères ?). Tant que la fonction n’est pas pleinement opérationnelle, difficile de savoir précisément ce qu’il en est.

Un choc : des contenus affligeants

Je terminerai par une remarque subjective : Molotov a un vrai talent pour mettre en avant et présenter les contenus d’une manière inédite dans le domaine de la télévision. On prend un vrai plaisir à naviguer dans les programmes. Malheureusement, le second effet kiss-kool, pour moi du moins, a été de constater à quel point les programmes “intéressants” (avec mes critères hein, ça reste du subjectif) deviennent rarissimes sur la télévision française. En tout cas, la comparaison avec la richesse foisonnante de ce qui se passe du côté de Youtube est cruelle.

Finalement, on en vient à se dire que regarder la TV de manière ultra-passive, en subissant le flux et en n’interagissant qu’avec un zapping stérile, c’est aussi un moyen de déconnecter son cerveau et de ne pas avoir le recul permettant de réaliser à quel point le contenu est médiocre.

La révolution de la TV est en marche, mais il reste du chemin

Jamais une startup n’est allée aussi loin dans la réappropriation des contenus TV, et la couverture médiatique autour de Molotov est justifiée. Malgré la déception à court terme, je vais rester très attentif sur la capacité de cette structure à améliorer et faire évoluer son modèle, pour arriver à devenir ce dont elle a l’ambition : le point d’entrée principal du consommateur d’images. Elle a beaucoup d’atouts pour y parvenir, et sa plateforme technique qui est une réussite n’en est pas le moindre.

Une de mes interrogations, maintenant que j’ai le produit entre les mains, est la pertinence d’isoler le contenu TV du reste du web. Bien sûr, il serait illusoire d’avoir tout dans une seule app. Mais j’avoue qu’à l’usage, j’ai bien plus souvent envie de cliquer sur “Netflix”, sur “iTunes Store” ou sur “Youtube” que sur Molotov, si je souhaite avoir un programme de qualité. Peut-être que des contenus plus hybrides feront leur apparition sur le service à terme (on pourrait imaginer l’intégration par exemple de créateurs de contenus indépendants, comme Arrêt sur Images, ou de Youtubeurs structurés), l’idée ne serait pas forcément déconnante. A suivre en tout cas !

J’en peux plus des startups

Bon, pour lever toute ambiguïté, je préfère commencer par ça : l’entreprenariat est une discipline qui m’a toujours passionné. J’ai pu monter un certain nombre de projets dans mon parcours professionnel, et j’ai bien l’intention d’en monter d’autres dans l’avenir. Pour être tout à fait complet, j’ai travaillé à plusieurs reprises dans le passé dans ce qu’on pourrait qualifier de “startups”.

Ca fait des années que j’attendais que tout ce qu’on peut appeler numérique, ou digital, ou ce que vous voulez comme terme, prenne le devant de la scène et ne soit pas qu’un domaine réservé à quelques avant-gardistes un peu geeks. Mais je ne pensais pas que ça prendrait de telles proportions, et surtout, une telle tournure complètement en dehors de tout sens commun.

C’est quoi une startup ?

Si on commençait par tenter une définition de ce qu’est une “startup” ? De plus en plus de définitions apparaissent, je ne donnerai donc que la mienne, mais qui ne me semble pas trop éloignée de ce que c’est vraiment, ou plutôt de ce que ça devrait être :

  • un projet exceptionnel qui n’aurait aucune chance d’être conçu sans un mode de financement très particulier
  • un projet innovant mais dont la faisabilité est incertaine tant qu’on n’a pas pu le concrétiser
  • assumer de ne faire quasi aucun profit à court terme, puisqu’on est en train de concevoir le produit
  • une rentabilité exponentielle à moyen/long terme si le projet de départ se valide concrètement.

L’exemple-type d’une startup, ça peut être une société qui se lance dans des recherches autour de la mise au point d’un médicament : il faut beaucoup d’argent pour le mettre au point, ça n’est pas sûr du tout qu’on parvienne à aboutir à un produit viable, mais, si c’est le cas, la cession de la licence pour commercialiser le médicament assurera un retour sur investissement largement plus important que la mise de départ.

Pour ces raisons, les investissements sont considérés comme du “capital-risque” : la réussite du projet est loin d’être certaine, et une réponse concrète ne pourra être apportée qu’après avoir mis l’argent sur la table “pour voir”. Ces investisseurs répartissent de l’argent entre plusieurs projets, et, même si un projet sur 10 aboutit, dès lors que le retour sur investissement est supérieur à 10 fois la mise de départ, ils seront gagnants au final. Une sorte de poker permettant de financer l’innovation.

Si on résume :

  • projet innovant, au point d’amener une rupture suffisante pour générer potentiellement un revenu énorme
  • nécessité de financer la concrétisation du projet
  • réussite complètement incertaine, puisque lié à la réussite de l’innovation
  • en cas de réussite, la startup n’a plus lieu d’être en tant que telle, puisqu’elle devient une entreprise au service de l’exploitation du produit ainsi financé

Tout ça implique pas mal de choses :

  • déjà, il s’agit d’une structure de projet très particulière, qui n’a pas grand chose à voir avec la plupart des projets d’entreprenariat.
  • le modèle économique, s’il est incertain, doit être connu et valide : du point de vue de l’investisseur, l’opération n’est pas du tout du mécénat, mais un calcul, comme on calculerait un risque au poker. C’est le montage même du projet qui doit être l’enjeu du “coup de poker”, pas sa commercialisation !
  • l’innovation doit être réelle et massive, pour pouvoir permettre une rentabilité exponentielle en cas de succès. Si ce n’est pas le cas, le projet reste peut être tout à fait honorable et viable… mais ça n’est pas une startup ! Et donc n’est pas lié aux méthodes de financement de ces dernières.

Et c’est précisément ce dernier point qui pose aujourd’hui une certaine ambiguïté : la puissance d’Internet, sa capacité à amener un potentiel quasi illimité d’utilisateurs, amène la possibilité de retrouver cette rentabilité exponentielle sans avoir pour autant une innovation quelconque. C’est ainsi qu’on a vu naître de nombreux projets dont l’innovation n’est “que” commerciale : en amenant sur Internet une offre inédite ou tout simplement bien conçue, certaines entreprises ont pu conquérir rapidement un marché énorme, et ainsi dégager de forts revenus.

Pour prendre un exemple local, le site “Le Bon Coin”, avec une offre qui n’a absolument rien d’innovant (des petites annonces…), et un site minimaliste, a su dégager un volume d’affaires impressionnant, tout simplement parce qu’ils sont désormais ultra-dominants sur le marché français, en devenant le “frigidaire” de la petite annonce (et en générant un trafic monstrueux sur leur site).

Car voilà le truc : la position dominante. Il faut à tout prix prendre le marché tant qu’il est balbutiant. Et c’est ce que cherche à financer un AirB’nB, ou un Blablacar, en faisant rentrer de nouveaux fonds : certainement pas de l’innovation, mais de la place de marché. Etre leader, à tout prix, même si ça implique de dépenser des sommes monstrueuses en communication, ou en vendant à perte à court terme.

Loin de moi l’idée de dénigrer “l’innovation commerciale”. Mais il ne faut pas en arriver à l’extrême où, à vouloir absolument conquérir des parts de marché, on en vient à en oublier de venir avec un modèle économique dans son package (“on verra plus tard quand on aura une communauté”), ou, pire, à oublier de réfléchir à de vraies qualités au projet lui même, ou s’il répond à un réel besoin monétisable.

Et c’est là où ça devient n’importe quoi

Je ne cherche pas ici à me faire le gardien d’une pseudo-vraie définition du mot startup. Ni à nier un phénomène bien réel, celui de l’explosion du numérique partout dans nos vies et dans nos modèles commerciaux.

En revanche, je suis très inquiet du grand gloubli-boulga que je vois aujourd’hui, où toutes les notions sont mélangées jusqu’à aboutir à un grand n’importe quoi. Impossible aujourd’hui d’ouvrir un journal sans y lire une glorification du phénomène des startups, ou une mise en avant de projets qui sont, malheureusement, opportunistes, souvent bricolés avec 3 bouts de ficelles et dont l’avenir est souvent aussi mince que la qualité de ses innovations.

De la même manière, le côté “on assume de ne pas générer de business à court terme puisqu’on est en train d’innover sur la conception produit, et ça prend du temps” qui est un des fondamentaux d’une startup est en train de devenir une sorte de “pas grave si on ne gagne aucun argent, on verra le modèle économique plus tard”. WTF !

C’est cette confusion des genres qui me pose problème : là où l’argent était censé, dans l’idée de départ de ce que devrait être une startup, servir à créer la valeur du projet (l’innovation dont je parlais au début), il devient ici uniquement l’accélérateur d’un projet dont on maîtrise de moins en moins la qualité ou la puissance : il suffit de sortir un truc sur Internet, qui va “uberiser” ou “blablacariser”, et hop on lui colle le terme de startup. Peu importe le projet, on financera (un peu) sa conception, (beaucoup) sa diffusion sur le net, et “ça ne peut que marcher”.

Et ça me semble inquiétant pour l’ensemble des acteurs :

Pour les porteurs de projets, c’est une forme de “starification” qui me semble mortifère : n’importe quelle vague idée est reprise par les médias, les institutionnels, et portée aux nues, sans plus chercher à avoir un quelconque esprit critique. Même l’erreur est aujourd’hui présentée comme une valeur positive, un atout, avec le fameux “pivot” des méthodes lean qui devient employé à tort et à travers (j’ai entendu plusieurs fois ces derniers temps la légende urbaine consistant à dire qu’aux Etats Unis, il était impossible de trouver des financements si on n’avait pas à son actif plusieurs dépôts de bilan au préalable). Toutes ces notions “d’entreprenariat” sont entourées de phrases bien bisounours de pseudo-développement personnel qui, je crois, cachent la dure réalité de l’épreuve du chef d’entreprise. L’image idyllique du “tous entrepreneurs” me semble, au vu des difficultés de tenir une boite dans la durée, au mieux une pure bêtise, au pire un levier bien cynique pour redresser artificiellement une courbe du chômage, et qui risque de se transformer en méchant boomerang à long terme.

Pour les institutionnels qui tentent d’orchestrer tout ça, c’est une possibilité de sortir d’un cercle vicieux “crise économique – France en retard” en se refaisant une image basée sur des concepts dans l’air du temps. Après avoir longtemps dédaigné le secteur du numérique, les fonds publics abondent aujourd’hui pour financer tout et (surtout) n’importe quoi. Mais le font-ils en ayant conscience du coup de poker qu’est un modèle économique de startup ? En ayant une vraie lucidité et connaissance accrue des terrains explorés, ou du moins une vision suffisamment claire pour savoir quoi financer ? Que se passera t’il lorsqu’une bonne partie de ces projets se casseront la figure ? (et, encore une fois, ce n’est pas une vision pessimiste : la chute d’une majorité des projets fait partie du concept même de startup !)

Pour les financeurs, sous des prétextes de moins en moins réfléchis de “faut en être”, c’est aller sur des projets de plus en plus vide de sens, et ainsi entretenir un phénomène qui, j’en ai peur, ressemble pas mal à la bulle Internet qu’on a pu connaitre en 1999-2001. Quand un projet est valorisé à plusieurs millards sans générer le moindre revenu, et sans aucune perspective, sauf invention marketing miracle de dernière minute, d’en générer (coucou Snapchat… et bien d’autres), ça fait très peur.

(petite parenthèse sur le phénomène de valorisation : estimer la valeur d’une société uniquement en fonction du ratio capital/pourcentage qu’accepte d’apporter un financeur à un instant donné me semble certes juste comptablement mais assez casse-gueule stratégiquement. Dire “Microsoft apporte dix millions pour obtenir 1%, donc ma boite vaut un milliard” m’a toujours semblé une interprétation des plus simplistes. On peut vouloir à tout prix rentrer dans le capital d’une entreprise pour des raisons qui n’ont pas grand chose à voir avec un simple calcul financier : pour l’image de marque, pour répondre à une certaine stratégie bien plus globale, ou tout simplement parce qu’un million chez Microsoft ne “vaut” pas la même chose en terme d’importance qu’un million en provenance d’un investisseur privé qui y laisse toutes ses économies. Fin de la parenthèse, je suis tout sauf financier, et certaines données m’échappent sans doute).

Enfin, et il ne faut pas les oublier, pour les entrepreneurs “classiques”, c’est une position extrêmement frustrante : à siphonner les fonds d’investissements et de subvention dans cette mode de la startup à tout prix, on risque d’en venir à oublier les projets plus “traditionnels”, moins risqués peut-être, moins sexy sans doute, mais qui n’en restent pas concrets et souvent bien plus viables à long terme, même sans promesse de chiffre d’affaires exponentiel.

Vive les vrais projets !

Même si ce portrait semble bien pessimiste, je ne veux certainement pas dénigrer un phénomène que j’ai attendu pendant des années, et qui m’émerveille chaque jour : Internet amène au quotidien son lot de projets incroyables. Certains très innovants, certains moins, peu importe après tout. Le but n’est pas d’être Steve Jobs, mais d’apporter sa pierre, et de créer ce que sera l’Internet de demain, et tous les services qui émergeront dans les prochaines années.

J’ai très envie de voir naître et grandir ces projets. Y compris des startups, dont on a vraiment besoin pour innover. Mais pas QUE des startups ! Je suis persuadé que ce n’est pas avec le grand n’importe quoi qu’on vit aujourd’hui, où tout doit être une startup, qu’on rend service à ces nouveaux pseudo-entrepreneurs, ainsi qu’au marché dans son ensemble.

On est arrivé aujourd’hui au stade où le projet de départ, sa valeur ajoutée, la vision qui va avec, est finalement au second plan. Certes, une startup est basée sur une large portion d’inconnu, d’esprit d’aventure qui fait qu’il faut savoir s’adapter. Certes, il faut être agile, itérer, apprendre de ses erreurs, c’est même l’objet de certaines de mes formations et interventions en entreprise, je ne vais pas cracher sur ces méthodes. Mais vivre ses “pivots” successifs comme autant de médailles à sa boutonnière, c’est pour moi franchir la frontière où on ne parvient plus à se demander si, à un moment donné, son projet n’est pas tout simplement merdique.

Arrêtons l’effet de mode, reprenons nos esprits, et retroussons nos manches : il va falloir apprendre à dire “non”, à briser des rêves. Mais c’est aujourd’hui indispensable pour que l’on ne se retrouve pas à moyen terme à sombrer dans un ridicule qui commence à nous envahir.

PS : un témoignage un peu ancien mais qui me semble utile de lire et relire, celui de Tookasse, fausse startup (mais vraies anecdotes) de la folie qu’on avait pu connaître il y a quelques années… Bon sang que les gens ont la mémoire courte !

Premiers retours sur l’AppleTV 4ème génération

Bon, autant le dire tout de suite : autant certains virages d’Apple ont pu me laisser perplexe, autant je crois beaucoup à l’avenir de cette AppleTV. Faussement peu spectaculaire, elle amène des possibilités qui, j’en suis persuadé, vont beaucoup nous étonner dans les mois à venir. Certes, ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’on nous fait le coup de “l’AppStore” sur grand écran (il y en a même un intégré à ma TV Samsung !). Mais la puissance de frappe de la communauté de développeurs autour d’iOS risque d’amener des choses réellement étonnantes.

  • Beaucoup de jeux pour l’instant sur le store. Certains sont déjà très matures, écosystème iOS oblige. La conversion d’un jeu iPhone sur AppleTV semble relativement aisé, au vu de la richesse de certains titres que j’ai pu essayer.
  • L’installation est simplissime, avec une configuration réduite à l’extrême : l’AppleTV détecte l’iPhone aux alentours en Bluetooth, et va piocher dans sa configuration pour récupérer les accès Wifi, le login iTunes, etc… Plus que jamais, l’écosystème Apple marche à plein tube.
  • Un petit détail mais qui change beaucoup de choses dans l’usage “au quotidien” de l’engin : la possibilité de télécommander entièrement son système avec la télécommande Apple. Grâce au HDMI-CEC, la TV s’allume en même temps que la box. Mais il est également possible de programmer son AppleTV pour qu’elle serve de télécommande à son ampli homecinéma. Je peux donc allumer, éteindre, changer le volume de toute mon installation. Et, cerise sur le gâteau, plus de soucis de piles avec cette télécommande rechargeable via un câble Lightning.
  • Détail en revanche agaçant : une fois sur deux, on prend la télécommande à l’envers, vu qu’elle est quasi-symétrique.
  • Dernier point du côté de la télécommande : l’application “Remote” des iPhone et Apple Watch n’est pour l’instant pas compatible. J’imagine que ça aussi viendra rapidement…
  • Déception du côté de SIRI : l’intégration d’un micro dans la télécommande est une bonne idée, et on se prend vite au jeu de “parler” à sa TV, tout aussi ridicule que cela soit. Malheureusement, l’étendue des pouvoirs de Siri est pour l’instant limité, et il n’est pas possible de fouiller dans le catalogue (dense) d’Apple Music, par exemple. Dommage, ça aurait été l’usage principal que j’en aurai fait. Bon, à priori ça va arriver d’ici quelques semaines…
  • En parlant d’Apple Music, la “curation” mélangeant playlists faites à la main et profiling en fonction de ses écoutes prend tout son sens ici, c’est parfaitement adapté à un usage via télécommande. Et si c’était ça la “vision” qu’avait Steve Jobs de l’usage de la télévision ? On ne le saura jamais, mais il est clair que c’est ce qu’Apple avait en tête en sortant en juin dernier ce service de musique.
  • Et pour parler des apps… Le template plus ou moins imposé par Apple amène à avoir pour le moment des applications qui se ressemblent beaucoup. Les acteurs majeurs de la vidéo sont là (Youtube, Netflix, Hulu), les français sont rares (Canalplay, Arte.. et c’est à peu près tout pour le moment).
  • L’AppStore est super mal foutu. Pour trouver des applications intéressantes, on est souvent amené à faire une recherche par les premières lettres. Pas terrible…
  • Je me suis amusé à lire une revue sur ma TV, non pas avec une app dédiée (il n’y en a pas encore), mais avec l’appli Kiosk de mon iPhone reroutée via AirPlay sur mon téléviseur. Et c’était étonnamment agréable. En HD, l’ensemble est bien lisible, et zoomer sur un article permet une lecture plutôt confortable. Je crois qu’il y a là une piste à creuser.

Portrait mitigé donc… Mais la plupart des défauts évoqués ici sont rectifiables dans les mois à venir. Et, surtout, je suis persuadé que les apps à venir vont être étonnantes. J’attends en particulier beaucoup des possibilités d’apps “transverses”, avec une expérience qui suit l’utilisateur sur son téléphone, son ordinateur… et maintenant sa télé.

Dans les idées qui me viennent :

  • une chaîne “Cuisine” comme on a pu en connaître, mais entièrement en VOD, et avec des fonctionnalités d’e-commerce, des fiches cuisines accessibles via la télécommande…
  • une app de coaching sportif utilisant à la fois l’accéléromètre de sa montre ou de son téléphone et le grand écran du téléviseur
  • une déclinaison de PocketCast sur AppleTV permettant de retrouver confortablement dans son salon la fin du podcast qu’on a commencé à écouter dans le métro avec son téléphone
  • des jeux en réalité augmentée utilisant la caméra de l’iPhone et l’écran de sa TV

La liste pourrait être longue, et les prochains mois seront passionnants !

Apple Music est-il si peu intéressant que cela ?

Je ne pense pas me tromper en disant que beaucoup sont ressortis assez perplexe du « One more thing » façon Tim Cook pour cette WWDC 2015 : Apple Music est un fourre tout d’idées, pour bonne partie recyclées, dont il est assez difficile de se faire une idée précise.

Et puis il faut avouer que la présentation sur scène a été des plus laborieuses : Jimmy Iovine, qui faisait ici sa première apparition publique en tant que VP Apple, n’a pas franchement enthousiasmé les foules, avec un ton hésitant et pas mal de cafouillages, même si l’idée présentée était plutôt intéressante : rassembler en un seul écosystème cohérent des éléments plutôt éparses : ses disques, son offre de streaming, les informations des artistes.. Si on raisonne en terme d’aglomérat de services, ça donnerait : iTunes + Spotify + MySpace.

Eddy Cue, le VP Apple chargé des négociations et deals avec les partenaires, ainsi que de tout ce qui concerne les plateformes Internet, n’était pas franchement plus convaincant, avec une présentation longue et laborieuse des moindres fonctions de l’app Music pour iPhone.

Oui, car un des trucs à retenir est que la plateforme de musique d’Apple utilise désormais l’iPhone comme point d’entrée principal. Une version « revue » d’iTunes révisée est annoncée, tout comme une app Android d’ailleurs, mais la priorité est bel et bien sur de la musique itinérante.

J’ai été pendant quelques jours assez perplexe sur la position d’Apple. Où est l’innovation, où est la killer-feature qui va faire que ce produit sera un succès ?

Le premier levier qu’Apple tente d’utiliser, en coulisse, pour imposer son produit, est assez vicieux : convaincre les éditeurs musicaux de ne plus accepter une diffusion gratuite contre pub de leurs morceaux. En d’autres termes, contraindre les concurrents Deezer et Spotify d’abandonner leur meilleur outil de conversion : l’offre gratuite.

Deuxième levier, assez conforme à l’idée de l’écosystème Apple : l’offre familiale. En effet, autant l’offre ‘solo’ est alignée sur les autres, à $9,99 par mois, autant l’offre familiale, proposant 6 comptes pour $14,99 est inédite (et fait hurler les professionnels de la musique, qui voient leur marge se réduire encore un peu plus).

Mais si l’on intéresse à l’expérience utilisateur, regrouper toute sa musique, achetée et louée, n’est pas forcément stupide. Spotify propose d’ailleurs cette fonction sur l’app Mac ou PC, mais le résultat n’est pas très probant.

Apple prend le problème dans l’autre sens, en intégrant du streaming sur la base d’une application faite pour gérer des fichiers « achetés ». C’est finalement tout simple et presque magique : si le morceau n’est pas présent localement, on va le streamer sur un serveur d’Apple. C’est finalement très proche de ce que proposait iTunes Music Match, mais en franchissant en plus le rubicon de l’offre de streaming. Apple n’avait jusqu’à présent jamais pris le risque de bouger de son modèle économique de la vente au morceau.

On peut imaginer que le temps écoulé pour qu’Apple prenne le risque d’aller sur une offre de streaming était aussi le temps d’attendre que l’offre iTunes actuelle s’effondre (ça fait un moment qu’Apple ne donne plus de chiffres de vente sur la partie musique de son activité, les chiffres annuels mélangeant tous les Store, musique, vidéo, apps…). Reste maintenant à voir comment le service va évoluer dans les prochains mois ! Le couperet de la conversion en abonnement payant, courant octobre 2015, sera une étape décisive pour l’avenir du projet.

 

Lima : la solution pour un cloud privé ?

J’ai mis du temps à comprendre comment fonctionnait Lima, un petit boitier qui fait le buzz en ce moment, suite à un lancement Kickstarter très réussi.

Il s’agit d’un petit boitier qui se connecte à un disque dur externe d’une part (avec une simple liaison USB), et à sa box Internet d’autre part (avec un câble Ethernet). Tout se passe ensuite avec des agents ou applications à installer sur son PC, Mac, smartphone… Le but étant d’avoir ses données dupliquées automatiquement d’un device à l’autre.

Tout se fonde autour d’une synchronisation bidirectionnelle entre le disque dur externe et le device, le tout passant par le petit boitier magique, qui embarque en fait un Linux chargé du cryptage des données et de leur transfert.

En démo, c’est bluffant, en particulier pour une raison : contrairement à une Dropbox, il ne s’agit pas de synchroniser un répertoire, mais des fichiers n’importe où sur son disque dur.

Le concept est suffisamment “pur” et décalé par rapport aux autres offres cloud pour retenir l’intérêt :

  • On garde la maitrise des données, puisque tout est stocké sur le disque externe local (et au passage, on se dispense de toute location d’espace disque sur un service externe)
  • C’est à priori bien plus simple à installer qu’un NAS, même si fondamentalement ça en reprend le mécanisme
  • La synchronisation, sur la démo, semble beaucoup plus intuitive que sur un répertoire partagé.

L’offre est donc intéressante, même si pas mal de questions subsistent :

  • Comment les devices client vont ils être reliés ? On peut se poser la question en particulier lorsqu’ils ne seront plus connectés “à domicile”. Pour éviter une configuration de routeur trop complexe, on peut parier que c’est le boitier Lima qui se chargera de la connexion, depuis le réseau local vers le device connecté sur le WAN. Mais dans ce cas, je ne vois pas trop comment on pourra se passer d’un serveur recensant l’emplacement de tous les périphériques connectés. Ca rappelle l’architecture de services en P2P, avec des serveurs jouant le rôle de médiateur et de localisateur entre clients à connecter entre eux. Mais c’est de la pure supposition de ma part, je peux me tromper.
  • Comment rester suffisamment fluide en terme de synchronisation en ayant à priori tout le disque à synchroniser ? La question risque de se poser tout particulièrement avec le faible upload de la plupart des connexions domestiques actuelles
  • La sécurité devra être plus que blindée, car, tel qu’on devine l’architecture de Lima, il peut s’agir d’un magnifique cheval de Troie installé à son domicile, si une faille est découverte
  • Les données, pour être suffisamment sécurisées, ne peuvent se reposer sur un seul disque. Lima semble proposer un mécanisme basé sur deux boitiers connectés simultanément sur son LAN pour qu’une duplication disque-à-disque s’opère.

Sur le papier, l’idée d’un cloud privé accessible à tous est plus que séduisante, et les concepteurs du produit semble avoir réponse à tout. Le concept est bon, et le challenge technique est important pour parvenir à tenir la promesse d’un produit extrêmement facile à installer. Affaire à suivre avec grand intérêt !

Vers un web utilitaire et léger ?

J’ai eu l’occasion d’expérimenter un style que je connaissais peu, même si l’idée me travaillait depuis un moment : concentrer, sur un très court moment, le montage d’un site éphémère, ultra-simple d’usage et au cahier des charges minimalistes, mais tentant de répondre précisément à un besoin.

Le contexte : amateur de longue date du festival du court-métrage de ma ville, je me suis rendu compte que, devant la profusion des séances, on était amené à poser à ses contacts systématiquement la même question : “que me conseilles-tu comme séance ?”. L’objectif était donc de pouvoir fournir un outil web répondant le plus simplement possible à cette question. Et ça a donné le site Note ton court.

Le cahier des charges :

  • Le site doit fonctionner avant tout pour mobile. On doit pouvoir l’utiliser en situation de mobilité, comme le sont les festivaliers entre deux séances
  • Pas d’application. Faire au plus simple et rapide d’accès, et avoir également possibilité d’accéder aux fonctionnalités depuis un simple navigateur d’ordinateur
  • Fonctionnalités minimalistes : pouvoir commenter et noter une séance, pouvoir voir les commentaires des autres.

D’un point de vue technique, je voulais également aller au plus simple : le but n’est pas ici de faire une application hyper-robuste et satisfaisante techniquement, mais quelque chose de très souple et rapide à développer. Mes choix se sont portés sur le langage PHP, avec les librairies JQueryMobile (pour l’interface mobile), et NotORM (pour l’accès à la base de données). J’ai été tout à fait satisfait de ces choix là, avec toutefois un sentiment un peu amer concernant NotORM, que je trouve très pertinent lorsqu’on ne veut pas se lancer dans une architecture complexe. Malheureusement, le projet semble abandonné par ses concepteurs. Il fonctionne, et bien, mais quid de son avenir ?

Le site a été développé en une demi-journée, dans une version très minimaliste (et buggée…) afin de pouvoir le lancer avant la fin du festival ;). Je l’ai ensuite amélioré et débuggé tous les soirs, après les séances, dans un mode très itératif : en prenant compte des retours d’expériences, et des idées que j’avais moi-même dans la journée, étant le premier utilisateur de mon site. J’ai ainsi rajouté quelques fonctions pendant la semaine, tout en prenant garde à rester sur le focus initial du site : sélectionner les séances les mieux notées, voir tous les commentaires d’un utilisateur, éditer un palmarès final.

J’ai pu, tout au long du projet, bénéficier des conseils, des idées pertinentes, de l’aide (entre autre pour la saisie des données !), du soutien, et de la comm’ efficace de Ghislaine, un grand merci à elle pour cette présence constante et efficace !

Le projet a été un joli petit succès : 300 commentaires, 12 000 pages vues. Pas énorme, mais plutôt satisfaisant pour un site qui n’existait pas une semaine auparavant !

Quelques réflexions en vrac :

  • Lorsqu’on répond à un besoin très précis, et que le concept est facilement compréhensible, la communication sur les réseaux sociaux fonctionne à plein
  • Faire au plus simple, puis itérer, est une recette qui fait ses preuves : les usagers ont l’impression d’être écoutés, et prennent plaisir à revenir voir l’appli évoluer tous les jours
  • Ce genre de projet, absolument non-officiel, sans aucun lien avec l’organisateur, créé par un particulier, bénéficierait pleinement d’une ouverture en mode “OpenData” de l’événement : là il a fallu ressaisir tous les noms des courts-métrages, tâche fastidieuse qui aurait pu être évitée avec une démarche d’ouverture de la part du festival (leur site est d’ailleurs une vraie mine d’information, avec les fiches des films des années précédentes, on pourrait imaginer de très belles choses avec une base de données plus “ouvertes” qu’un simple site web institutionnel)
  • Rester sur une base technique très simple, sans aucun fantasme de développeur, permet de réagir très rapidement : il m’a fallu moins de 10 minutes par exemple, pour rajouter une fonctionnalité telle que “pouvoir voir tous les commentaires d’un utilisateur”. Pas sûr que je m’en serais sorti aussi rapidement avec une grosse architecture plus satisfaisante techniquement.
  • Apprendre à utiliser une librairie ou une techno en utilisant comme support un projet réel est encore le meilleur moyen de le faire en restant dans le concret : c’était mon cas avec JQuery Mobile que je n’avais encore jamais eu l’occasion d’utiliser.

Les médias ont également couvert le projet, via un article sur le site web du journal local La Montagne, et un autre sur le site web de France3 Auvergne. A chaque fois, les journalistes qui m’ont interrogé semblaient très étonnés de cette démarche, à l’opposé des projets pharaoniques de certains sites web.

Cette recette improvisée, même si elle n’a rien de révolutionnaire, est pour moi la principale leçon de cette petite expérience :

  • faire au plus léger, que ça soit au niveau fonctionnel ou technique,
  • répondre à un besoin très précis et ne faire que cela,
  • être soi-même le premier “client” du projet,
  • garder un lien permanent avec les usagers,
  • réagir au plus vite suite à leurs remarques,
  • s’appuyer autant que possible sur de l’OpenData

Voilà une recette qui me semble prometteuse et que j’ai aujourd’hui envie d’appliquer à d’autres projets ! A suivre, donc (et à l’an prochain pour le festival 2015, j’espère bien reprendre l’expérience !).

Pour finir, j’ai codé une ultime page au projet, présentant le palmarès des films les mieux notés, en reprenant un classement “France” et “International” pour rester cohérent avec le festival officiel (je n’ai pas fait de palmarès “Labo”, ayant recueilli trop peu de votes sur ces séances). Ce palmarès est peu représentatif, avec seulement 5 à 15 votes par séance. Néanmoins, je le trouve plutôt cohérent, avec quelques films qui sont également ressortis sur le palmarès officiel. J’espère pouvoir avoir un panel plus large l’an prochain !

Voici donc mon “Grand prix national”, Jiminy :

Et pour l’international :

Devenir une Silicon Valley

J’avais (péniblement) animé une conférence il y a quelques temps sur le thème : “notre région peut-elle devenir une nouvelle Silicon Valley” ? J’avais déjà une idée sur la question, mais je suis tombé récemment sur un article très intéressant sur le même thème, mais autrement plus pertinente puisqu’écrit par un des habitués de la “valley”.

La conclusion pourrait être que reproduire un tel schéma est impossible. C’est à peu près ce que dit cet article, mais le détail est en fait bien plus intéressant, puisqu’il permet de mieux comprendre ce qui a fait la magie de ce lieu.

Tout n’est pas non plus à prendre au pied de la lettre : chaque pays amène une culture, des particularismes, qui rendent d’autant plus l’exemple photocopiable. Mais ce genre de prise de recul me semble salutaire.

L’article est en anglais, mais il m’a donné envie d’en faire un petit résumé que j’espère complet… Bonne lecture !

How to be Silicon Valley / Comment être Silicon Valley

Peut-on reproduire la Silicon Valley dans un autre pays ?

  • C’est compliqué : même ailleurs aux Etats-Unis, le modèle est difficilement reproductible
  • C’est essentiellement une question d’hommes. On peut créer une ville dynamique partout… à condition de parvenir à y amener les bonnes personnes
  • La vraie question est donc : qui sont les “bonnes personnes”, et comment les amener où on le souhaite ?

Deux types de personnes sont indispensables

  • Des gens riches
  • Des nerds
Il faut impérativement les deux pour qu’une ville devienne une niche à startups :
  • A Miami, il y a des riches mais pas de nerds : ça ne marche pas
  • A Pittsburg, il y a des nerds mais pas de riches : ça ne marche pas non plus

Surtout pas de bureaucrates

Les investisseurs dans des startups sont des riches bien particuliers. Il faut qu’ils aient eux-mêmes une bonne expérience dans le milieu des technologies :

  • ça leur permet de trouver les bons projets
  • ils peuvent apporter le bon réseau, les bonnes connexions
Les gouvernements n’investissent pas directement dans les startups. La différence de culture est bien trop importante pour que ça amène plus d’avantages que d’inconvénients.

Pas de buildings

Il y a bien sûr des buildings dans la Silicon Valley. Mais construire des buildings pour des sociétés de haute technologie ne fera pas de votre lieu une Silicon Valley, car le moment clé pour les startups est AVANT qu’ils aient besoin de locaux.
L’important n’est pas qu’Apple ou Intel aient des bureaux dans la valley. L’important est qu’ils aient commencé leur activité ici.
Tout ce dont on a besoin est de deux ou trois fondateurs assis autour d’une table de cuisine et décidant de fonder une compagnie.

Universités

Tout ce dont vous avez besoin est de GENS. Si vous parvenez à attirer une masse critique de nerds et d’investisseurs, vous réussirez.
Problème : ces deux catégories de personnes sont extrêmement mobiles. Ils vont là où la vie est agréable pour eux. Qu’est ce qui fait qu’un endroit est agréable pour ces personnes ?
Ce que les nerds recherchent est la présence d’autres nerds. Les gens “smarts” vont là où ils trouvent d’autres gens smarts. Et, en particulier, dans de grandes universités. Aux US, pas de concentration de technologies sans des départements informatiques universitaires de première classe.
Pour faire une Silicon Valley, il vous faudra non seulement une université, mais une parmi les mieux cotées dans le monde.
Ca peut paraitre difficile, mais ça ne l’est pas tant que cela. Ce qui attire les professeurs est d’avoir de bons collègues. Si vous prévoyez de recruter, en masse, de très bons jeunes chercheurs, vous pouvez créer une très bonne université en partant de rien.

Saveur

Une université ne suffit pas. Il s’agit juste de la graine qui ne germera que dans une bonne terre.
Pour pouvoir démarrer des startups, votre université devra être située dans une ville qui attirera par d’autres biais que l’université. Cela doit être un endroit
  • où les investisseurs souhaiteront vivre
  • où les étudiants auront envie de rester après leurs études
Qu’est ce que les nerds cherchent dans une destination ? Ils aiment aux US des villes telles que San Francisco, Boston, Seattle. Mais ils apprécient souvent peu des villes pourtant très populaires touristiquement : New York, Los Angeles, Las  Vegas..
Ils partagent souvent les goûts de créatifs, appréciant les villes avec un historique plutôt que des quartiers taillés à la serpe. Ils veulent dans un endroit avec une personnalité, une saveur.
Vous allez sans doute devoir mettre à l’écart le plus grand investisseur : le gouvernement. Un gouvernement qui dit : “comment construire une Silicon Valley” va probablement échouer car la question n’est pas la bonne. On ne construit pas une Silicon valley, on la laisse grandir.

Nerds

Pour attirer des nerds, il faut non seulement une ville avec de la personnalité, mais avec la bonne personnalité.
Les nerds sont un sous-ensemble des “créatifs”, mais avec des goûts parfois différents. Les créatifs sont par exemple souvent attirés par New-York, pas les nerds.
Ils aiment souvent les villes où on “a le sourire”. Ils n’aiment pas le glamour, c’est pourquoi l’attrait de NY leur est mystérieux.
Ils aiment souvent des lieux calmes, préfèrent les cafés aux clubs, les librairies au magasins de vêtements, un lever de soleil plutôt qu’un building.

Jeunesse

Le créateur de startups est le plus souvent jeune. Cela ne signifie pas que la ville doit être jeune également. Mais il sera très difficile de convertir une ville à l’activité séculaire (des cités industrielles comme Detroit par exemple) en berceau à startups.
Les zones à startup sont, sans exception, les villes les plus libérales des US. Là où on tolère les idées bizarres.

Temps

Il a fallu du temps pour que la Silicon Valley devienne ce qu’elle est (les premiers transistors “puce” datent des années 50).
Une université peut se créer en quelques années, mais l’écosystème des startups se doit de grossir par lui-même, de manière organique.

Compétition

Si vous parvenez à créer votre Silicon Valley, elle rentrera en compétition… avec la Silicon Valley.
Les investisseurs préfèrent investir dans une zone géographique proche. C’est ce qui rend difficile le fait de recréer le phénomène ailleurs.

Pour en savoir plus : un témoignage récent assez intéressant d’un frenchy en visite dans la Valley.