Coup de gueule d’un Macophile perdu

Mon premier Mac était un Powerbook 12 pouces. Je ne suis donc pas un macophile de la première heure, mais ça fait maintenant 12 ans que j’ai abandonné, sans aucun regret, l’univers des PC.

Pour moi, la découverte du Mac, avec à l’époque OSX 10.3, c’était un cocktail unique entre simplicité d’usage, stabilité, accès aux applications les plus courantes, et univers Unix. Pour le Linuxien que j’étais, c’était le parfait compromis entre robustesse et simplicité : je trouvais enfin mon outil de travail qui me permettait de travailler au quotidien sans avoir à me soucier de la moindre bidouille, tout en profitant d’un environnement bien plus cohérent que ce qu’offraient les PC de l’époque.

L’aspect matériel n’est pas pour rien dans le plaisir d’utiliser un Mac : finition parfaite, puissance matérielle, et parfaite cohérence software/hardware. Bref, quelque chose d’équilibré, de pensé pour l’utilisateur.

Pour la première fois, à l’issue de la keynote d’hier présentant la nouvelle génération de MacBook Pro, mon premier réflexe n’a pas été d’étudier le détail des fonctionnalités de la bête, mais.. d’aller voir l’offre concurrente. Asus, HP, et il faut bien admettre que la comparaison est cruelle.

Un catalogue incohérent

Certes, le prix excessif des Mac n’est pas une nouveauté : ça fait longtemps qu’on sait qu’ils sont vendus à prix d’or, que l’utilisation quasi systématique d’adaptateurs est agaçante, et que les performances ont été plus d’une fois sacrifiées sur l’autel du design, avec la course au plus châssis le plus fin. Mais on a atteint là des sommets d’incohérence et d’offre en décalage avec les besoins.

Si on regarde le catalogue actuel des Mac portable, voici ce qu’on a :

  • une entrée de gamme portable constituée d’une machine de 2013, le MacBook Air 13 pouces, largement au dessus de 1000 euros (1 099), et doté d’un écran inacceptable au vu du prix (sans parler du stockage minimaliste…)
  • une “vraie” entrée de gamme, le MacBook, au prix inaccessible pour un usage “d’entrée de gamme” (1 449 euros), et aux performances anémiques. L’utilisation d’un CPU m3 est un scandale au vu du prix. J’imagine que le futur de cette entrée de gamme passera par un CPU ARM/Apple, en attendant, ça reste une machine bancale, qui montre le futur sans doute, mais sans permettre de l’atteindre
  • un MacBook Pro tellement cher qu’il est proposé en trois points d’entrées : l’ancien MacBook Pro, qui serait une bonne affaire si son prix avait un peu baissé (ce n’est pas le cas) ; le nouveau MacBook Pro mais sans TouchBar, à l’intérêt très limité d’autant plus que son électronique est au rabais. le “vrai” nouveau MacBook Pro qui est diablement séduisant, mais avec un ticket d’entrée délirant.
  • Le MacBook Pro 15″ est finalement le plus cohérent, avec des tarifs élitistes, mais destiné à une clientèle élitiste.

Bref, la gamme est illisible, avec d’anciens modèles indécents dont la présence n’est liée qu’au prix, et d’autres modèles qui sentent fort la phase de transition.

Et je ne parlerai pas de la gamme “bureau” des Mac, qui est aujourd’hui complètement scandaleuse et inadaptée : qui va acheter aujourd’hui un Mac Mini pas mis à jour depuis plus de deux ans ? Un MacPro inchangé depuis plus de trois ans ? et même un iMac qui, bien qu’un peu plus récent, mériterait sans doute un upgrade…

Un nouveau modèle contestable

Quant au nouveau MacBook Pro.. il est “parfait” au sens de la finition, de la conception, comme d’hab j’allais dire. Mais de là à dire qu’il est irrésistiblement attirant…

J’ai le temps de changer d’avis, mais la Touch Bar me semble un gadget plus qu’autre chose : tout utilisateur d’ordinateur travaille à savoir taper au clavier sans avoir à le regarder. Quelle est la logique ergonomique de faire un retour en arrière sur ce point ? Et le caractère éphémère, en perpétuel changement, de son interface, risque de pas mal perturber. Ne pas avoir la certitude d’avoir à portée de main les touches de réglage du son, par exemple, me contrarie, personnellement. De plus, la plupart du temps, les raccourcis proposés sont les mêmes que ceux disponibles à un clic de souris. Bref, ça risque d’être une solution un peu bâtarde :

  • pour les fans du clavier, on perd le côté “usage sans regarder le clavier”, et la certitude de pouvoir utiliser ses raccourcis habituels
  • pour les afficionados de la souris ou du trackpad, l’intérêt de jongler entre souris et clavier laisse dubitatif
  • pour tous ceux qui vont utiliser un clavier/écran déporté une fois au bureau (soit, par exemple, 99% des postes faisant de l’édition vidéo), cette solution apparait complètement inutile

Cette Touch Bar est clairement une réponse compatible avec le “dogme” qui prédomine chez Apple depuis Steve Jobs : un écran d’ordinateur ne doit pas être tactile. Le récent Surface Studio de Microsoft, qui pourrait être un lointain successeur du génial iMac G4, montre qu’il est possible, d’un point de vue matériel du moins, de bénéficier des deux mondes, avec une réelle envie d’innovation, de prise de risque.

La disparition du MagSafe me contrarie beaucoup : je ne compte pas le nombre de fois où j’ai sauvé mon Mac d’une mort certaine grâce à cet astucieux connecteur. Et puis, dans les multiples petits détails qui faisaient (quelle tristesse de devoir parler à l’imparfait) la différence : il n’y aura plus désormais de petite LED sur le connecteur pour signaler s’il est bien enclenché, si l’ordi est en charge… Seule consolation : on va pouvoir rapidement pouvoir alimenter son Mac avec des chargeurs qui seront probablement moins onéreux, et plus solides, que ceux fournis d’origine.

Mais ce n’est pas la seule frustration ; plusieurs détails montrent l’incohérence totale de la politique d’Apple concernant les connecteurs :

  • impossible de recharger une Magic Mouse sans adaptateur, puisque le câble fourni avec la souris est en USB
  • impossible d’utiliser des écouteurs Lightning pourtant sortis il y a moins d’un mois, puisqu’aucun port Lightning n’est présent

Alors, bien évidemment, la politique d’Apple de forcer à un nouveau standard, et c’est sans doute leur rôle, au vu de leur puissance. Mais forcer DEUX standards simultanément, incompatibles entre eux, est complètement aberrant.

Des performances déjà dépassées

Mais le plus gênant est de devoir se coltiner des performances d’arrière garde :

  • DDR3 pour la RAM,
  • CPU avec une génération de retard,
  • GPU disponible uniquement sur la version 15 pouces, avec des performances déjà contestées,
  • caméra frontale en 720p, alors que même un “simple” iPhone 7 propose du 1080p

“frustration” est un mot faible lorsqu’on se retrouve à acheter une machine hors de prix, qui vient de sortir, tout en sachant qu’elle a déjà un train de retard. Finalement, seuls les connecteurs, en Thunderbolt 3, sont pleinement d’actualité. Mais quel intérêt de proposer une machine avec 4 ports Thunderbolt-3 si c’est pour ne pas pouvoir exploiter les capacités, par exemple, de deux écrans 5K connectés simultanément, faute de puissance suffisante ou de GPU absent ou anémique ?

Un modèle classique de chez HP propose aujourd’hui, à tarif équivalent, des performances et un équipement autrement plus complet et à la pointe des technologies disponibles actuellement.

Même le design n’est pas spécialement enthousiasmant : certes, on reprend ce qui était déjà un progrès du côté du MacBook (le clavier “papillon” en tête), certes le trackpad agrandi sera confortable, mais les bords noirs autour de l’écran, pour ne reprendre que cet exemple, sont toujours aussi épais, là où d’autres constructeurs arrivent à des miracles. On aurait pu rêver d’un 14 ou 15 pouces dans le châssis du 13… ça ne sera pas pour cette fois.

Et maintenant ?

Bref… je ne me reconnais pas dans ces nouveaux produits. Jusqu’à présent, les Mac étaient des merveilles technologiques, des outils très pragmatiques pour l’informaticien que je suis, tout en apportant un gros plus en terme de design qui était appréciable. Ce que Steve Jobs avait décrit dans une keynote par “The power AND the sex”. On le sentait depuis un moment, tout ceci n’est plus désormais qu’une affaire de design. Sans même parler de la fermeture totale du matériel, n’importe quel argument rationnel pousse à abandonner le Mac. N’importe quel argument, sauf bien sûr MacOS, que je ne peux pas m’imaginer quitter.

Qu’espérer pour la suite ? Je me prends à espérer que le MacBook d’entrée de gamme soit rapidement boosté par un processeur ARM. Il y perdra en versatilité, mais au moins il pourra bénéficier de la puissance qui est disponible dans les iPhone et iPad. Et peut-être cela sera-t’il le premier pas vers des appareils hybrides pouvant faire fonctionner des apps Mac ET iOS dans un même environnement.

Mais plus ça va, plus je finis par me dire que la vraie réponse, pertinente, innovante, ne pourra pas venir d’Apple, ou du moins de l’Apple d’aujourd’hui, complètement orienté design et marketing, avec plus personne pour être la “conscience client”, rôle que jouait Jobs à merveille dans l’entreprise. Un article récent affirmait que Tim Cook était le Steve Ballmer d’Apple : un gestionnaire capable de faire exploser le chiffre d’affaires, mais sans aucune vision produit, laissant la porte ouverte à des initiatives internes nombreuses mais incohérentes et au final ne menant pas à grand chose. Je déteste glisser dans le “c’était mieux avec Steve”, mais il est aujourd’hui difficile de ne pas faire ce constat…

 

Comparaison MacBook Retina / HP Envy

Je n’ai pas pour le moment très envie de commenter la sortie des nouveaux MacBook Pro, je trouve juste l’évolution d’Apple décevante, et les tarifs invraisemblables. Je pardonnerais beaucoup si ils permettaient de s’offrir le hi-tech de la technologie, mais là, la comparaison entre le nouveau MacBook Pro 13″ dans sa version “d’entrée de gamme” (sans le TouchBar) avec un “simple” HP Envy récent, à tarif égal, est particulièrement cruelle :

Marque HP Envy MacBook Pro 13"
Prix 1 699 euros 1 699 euros
CPU i7 Kaby Lake 2.7Ghz i5 Sky Lake 2.0Ghz
GPU Intel HD 620 Intel 540
Résolution 3200×1800 2560×1600
Mémoire 16Go 8Go
Disque dur SSD 1To SSD 256Go
Poids 1.3Kg 1.37Kg
Connectique HDMI+2USB+1USB-c 2USB-c
Autonomie 14h 10h

Sans commentaire… Malheureusement.

La version “avec TouchBar” est plus difficile à comparer, puisqu’aucun concurrent sur le marché n’en dispose.

Encore une fois, j’ai longtemps été prêt à dépenser plus pour avoir une machine parfaite, puissante. Qu’elle ne soit plus évolutive me chagrinait, mais c’est une couleuvre que j’ai accepté d’avaler. L’abandon de tout un tas de connecteurs en a été une autre. Avec ces nouveautés, on a un portable certes superbe, bien fini, mais avec des défaillances techniques inquiétantes : comment accepter une génération de retard sur les CPU ? L’abandon du Magsafe ? L’absence totale d’adaptateurs ? Un écran n’évoluant quasiment pas ?

Et surtout une telle envolée des prix… On est loin de l’époque où un portable Apple d’entrée de gamme se trouvait à 1000 euros, un milieu de gamme à 1500, et un haut de gamme à 2200-2400 euros.

Je ne me fais pas (trop) de souci, l’attractivité d’Apple reste là. Et le TouchBar est une nouveauté que j’ai hâte d’essayer. Et surtout, macOS reste encore un incontournable que plein de gens, moi le premier, ne sont pas prêts d’abandonner…

Comment Twitter pourrait devenir un bien commun

Les commentateurs n’en finissent pas d’étudier le déclin de Twitter. Non pas que le service en lui-même décline, il n’a jamais été autant populaire. Mais d’un point de vue financier, il pose clairement de plus en plus de problèmes. Les deux griefs les plus relevés sont :

  • l’absence de croissance exponentielle. Le service croît, mais sans une poussée stratosphérique comme on pourrait en rêver pour une startup
  • la difficulté de trouver un modèle économique. Chaque rajout fait prendre le risque de perdre le socle d’utilisateurs, qui sont très attachés à la simplicité de l’outil.

Mon propos est dévoilé dès le titre de cet article, je rentre donc dans le vif du sujet : à mon sens, Twitter devrait rendre son socle de base public, le confier à la communauté, pour se recentrer sur ses activités à valeur ajoutée.

Absurde ? Irréaliste ? Peut-être. Mais si on regarde les données du problème, on s’aperçoit qu’au final, la position dans laquelle se trouve actuellement ce réseau social est encore plus absurde.

Un modèle économique délicat à trouver

Tous les spécialistes le savent : Twitter se cherche depuis des années une stratégie d’évolution. Là où Facebook crée de zéro un univers qui lui est propre, ce qui lui permet une créativité sans limite, Twitter a fait de la simplicité extrême de son service sa marque de fabrique. Ainsi, c’est pour bonne part par la capacité à ses utilisateurs de s’approprier l’outil en en inventant les règles que Twitter a eu du succès. Et cela n’a été possible que par la simplicité extrême de l’outil. Les retweets, la plupart des hashtags ont été inventés par les utilisateurs eux-même.

Ainsi, chaque modification du cahier des charges peut prendre des proportions démesurées (on se souvient par exemple des multiples rumeurs sur l’extension de la taille maximale d’un tweet).

C’est ainsi qu’il est devenu, au fil des ans et des habitudes des utilisateurs, de plus en plus délicat d’introduire un modèle économique, des fonctions rémunératrices, pour l’opérateur.

Twitter exige une infrastructure très importante pour pouvoir fonctionner : certes les messages sont courts, mais le temps réel impose un fonctionnement délicat à maintenir, et d’autant plus avec une charge utilisateur importante. D’où l’importance de pouvoir faire rentrer beaucoup d’argent, sans même parler de rémunérer les actionnaires, mais simplement de faire vivre le service.

Après de nombreuses tentatives avortées, Twitter n’a jamais vraiment trouvé d’autre modèle économique que l’ultra classique « tweet sponsorisé ». Mais même ce modèle là est difficile à mettre en place, ne serait ce que par le modèle « timeline » de Twitter : un tweet n’a pas vocation à rester sous le nez de l’utilisateur, mais va s’évaporer très rapidement derrière d’autres tweets plus récents. Pas l’idéal pour vendre un support pub !

Une stratégie castratrice pour l’écosystème

Et pourtant, Twitter avait la possibilité d’ouvrir largement plus la créativité et les modèles de rémunération, en ouvrant sa plateforme à d’autres acteurs. Malheureusement, ce modèle a très rapidement dû être freiné : Twitter devant assumer la charge de sa plateforme, s’ouvrir à d’autres s’avérait un vrai-faux ami. C’est ainsi que dès 2010, les règles du jeu évoluèrent en défaveur des acteurs gravitant autour de Twitter, brisant de nombreux modèles économiques et bridant Twitter en le recentrant sur sa maison mère.

Cette situation assez paradoxale, où Twitter s’est mis à appuyer fortement sur le frein de l’évolution de son écosystème, ne s’explique que par la nécessité de maintenir son infrastructure, et la peur de partager un monopole, tout en amenant le paradoxe de fortement freiner la popularité et l’engouement vers le service.

Un fonctionnement opaque dangereux pour la liberté d’expression

Une chose est sûre, et fait l’importance de Twitter : le réseau social est devenu un canal incontournable de diffusion de l’information. On ne présente plus le rôle qu’à pu jouer cet outil dans les révolutions arabes du début des années 2010, ou dans la façon de communiquer des politiques, officiels comme dissidents, d’aujourd’hui.

Néanmoins, la question se pose de plus en plus : est-il vraiment raisonnable de confier un canal crucial dans la communication internationale à une entreprise privée entièrement contrôlée par ses actionnaires, sans aucun système de contrôle de ses règles internes ? Ainsi, les polémiques se multiplient sur des censures arbitraires de tweets ou de comptes utilisateurs qui se retrouvent fermés pour des raisons parfois obscures.

Un modèle existe : Usenet

Cet article, comme vous l’avez compris, pose la question d’une hypothèse où Twitter migrerait sur une plateforme ouverte, et gérée collectivement par la communauté. Ce scénario, peut être un peu irréaliste, aurait pourtant de nombreux avantages :

  • plus de coût d’hébergement
  • plus de centralisation des données
  • des fonctions de base gérées par la communauté, selon des règles et une gouvernance transparente
  • la société Twitter se reconcentrerait sur les services à valeur ajoutée, en ouvrant complètement l’écosystème, en s’exposant certes à la concurrence, mais en se libérant de contraintes arbitraires qui n’étaient dictées que par la nécessité de maintenir l’infrastructure de base du service.

Reste, dans ce scénario utopique, la question du « comment ». Les plus anciens s’en souviennent peut-être : avant même l’apparition du web, et encore plus des forums de discussion, les échanges sur Internet se faisaient via des newsgroups. Techniquement, on parlait de Usenet, standard conçu collectivement, et qui fonctionnait par un système totalement décentralisé, avec un mécanisme de réplication des données assez sophistiqué pour l’époque.

Pour dire l’importance de Usenet, le projet de World Wide Web conçu par Tim Berners Lee a été annoncé sur Usenet ! Idem pour Linux, et pour de nombreuses autres annonces très structurantes pour ce qu’est devenu Internet aujourd’hui.

Malheureusement, Usenet est devenu assez rapidement désuet, son usage étant bien plus complexe que ne peut l’être le web.

Néanmoins, Usenet est la preuve qu’une infrastructure d’échange de messages peut être maintenue de manière décentralisée, collective…et bénévole. Là où Twitter coûte un argent phénoménale en frais d’infrastructure.

Délirant ? Pas tant que cela

L’idée de proposer à une structure commerciale, cotée en bourse, tenue par ses investisseurs, de basculer le coeur de son activité dans le domaine du bien commun peut apparaître au mieux comme une douce utopie, au pire comme une stupidité sans nom. Et pourtant…

La seule issue proposée à Twitter aujourd’hui est celle du rachat. Est-ce moins dangereux ? Certes, pour les actionnaires, c’est le moyen de s’en sortir avec une plus value correcte, à défaut d’être le truc extraordinaire auquel ils étaient en droit d’attendre en misant sur un des trois réseaux sociaux les plus connus sur la planète.

Mais on sait d’avance que, suivant le nom du racheteur, le destin de Twitter peut prendre une tournure très différente, et pour le moins hasardeuse. Un Facebook aurait tout intérêt à diluer la masse d’utilisateur dans son propre écosystème. Un Google serait sans doute moins intéressé par la pérennité financière de l’outil, mais beaucoup plus par l’exploitation des données qui pourrait en être fait.

A l’inverse, rendre le socle de Twitter commun aurait un certain nombre d’avantages : il permettrait d’ouvrir sans frein stratégique la créativité, l’inventivité, la richesse des écosystèmes qui viendraient s’y greffer. Comme on l’a vu, Twitter a été très rapidement contraint, pour des raisons purement stratégiques, de fermer ce robinet là, pour favoriser sa propre valorisation. Avec un tel renversement de la logique, il aurait tout intérêt au contraire de se lancer dans la bataille de surcouches à ce Twitter minimaliste, pour y rajouter toute la valeur ajoutée qu’ils ont en projet.

Est-ce pour autant possible ? Probablement non. Jamais un board d’investisseurs n’a accepté la logique d’ouvrir intégralement sa base d’utilisateurs, pour se recentrer sur la valeur ajoutée qu’il pourrait tirer de l’exploitation de cette base. Et pourtant, à l’heure où le risque de perdre Twitter, de perdre, ou de voir complètement dévoyé, ce canal de communication aujourd’hui indispensable à beaucoup, peut-être est il question de se poser toutes les questions, tous les scénarios possibles.

Et quand bien même. A défaut de rêver à voix haute d’un Twitter communautaire, on pourrait peut être en tirer des leçons pour les projets qui restent à lancer dans les années à venir…