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Bon, ce Mountain Lion, il vaut quoi alors ?

Depuis que les logiciels se téléchargent, et ne s’achètent plus en magasin dans une boîte en carton, on assiste à un drôle de phénomène : auparavant, la sortie d’une nouvelle version était un événement majeur, un virage pour l’utilisateur comme pour l’éditeur. Depuis quelques mois, une nouvelle version est beaucoup plus anodine : quelques nouvelles fonctionnalités, mais rarement de “grand virage”.

Bizarrement, cette mode a déteint sur des logiciels qui pourtant n’ont jamais été disponibles autrement qu’en ligne. Par exemple, là où on avait attendu patiemment plusieurs mois voire années entre les premières versions de Firefox, on atteint aujourd’hui fièrement la version 14 du logiciel, au rythme de sorties beaucoup plus fréquentes.

Les raisons sont bien entendu multiples. Les méthodes de développement agiles imposent, petit à petit, des roadmap plus courtes, plus modestes, mais plus efficaces. La modernisation des mécanismes de mise à jour permettent d’éviter des vagues de migration trop lourdes et rendues difficiles par leur rareté. Et puis, il ne faut pas minimiser l’impact marketing de ces sorties à répétition : chaque release “majeure” est la possibilité de lancer une campagne de communication.

Est-ce qu’Apple ne serait pas en train de rompre à cet artifice pour faire parler d’OSX ? Force est de constater que les deux dernières sorties de systèmes d’exploitation, Lion puis Mountain Lion, auraient pu largement ne faire l’objet que d’une seule sortie, tellement Mountain Lion semble une sortie “mineure”, et surtout tellement Mountain Lion semble simplement corriger et compléter ce qui faisait que Lion était un virage majeur mais frustrant.

En ce sens, Mountain Lion est en même temps très satisfaisant et très frustrant : il propose une version aboutie du système d’exploitation qu’on utilisait avec frustration depuis un an. Par sa pleine intégration à iCloud, à l’App Store, à d’autres écosystèmes tels que Twitter ou Facebook, par de multiples petits détails qui agrémentent et améliorent la vie de l’utilisateur d’un Mac, Mountain Lion est hautement recommandable. Pour la première fois, un système d’exploitation propose une alternative pleinement cohérente et utilisable à la notion de fichier, que l’on traine depuis des années sur nos ordinateurs personnels, alors que les smartphones nous ont appris depuis quelques temps qu’ils n’étaient pas si indispensables que cela.

Et pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir une immense frustration : où est l’innovation ? Où est l’audace dont Apple a fait preuve lorsqu’il était en place d’outsider ? Certains critiques parlent de la “peur de tuer la poule aux oeufs d’or”, en n’osant plus aller trop loin et perdre son public (et pourtant, ça a souvent réussi à Apple). D’autres évoquent les difficultés de faire évoluer des systèmes d’exploitation “pour ordinateurs personnels” (et pourtant, le futur Windows 8 va bien plus loin). D’autres disent que l’avenir d’Apple n’est plus là (et pourtant, iOS 6 ne révolutionne pas grand chose non plus). Et donc ? Est ce que la vérité n’est elle pas tout simplement que beaucoup a déjà été dit ou fait sur la notion de système d’exploitation, et que les vraies territoires inexplorés sont ailleurs, là où se fait le logiciel applicatif ou le matériel ?

Là où Apple ne se gène pas, en revanche, c’est pour piller des idées chez les éditeurs de logiciels, et pour les intégrer en fonctions internes à OSX. Le centre de notifications remplace avantageusement Growl, l’outil de prises de notes est un remplaçant honorable d’Evernote, et le Reminder permettra à beaucoup de se passer de Things ou de Wunderlist. Concurrence déloyale sans doute, mais des outils en général plutôt bien exécutés et intégrés au système d’exploitation (si l’on ferme les yeux sur le parti pris graphique “cuir à couture” très kitsch et peu apprécié).

En résumé, Mountain Lion est bien entendu recommandable pour tout macophile. Mais n’en attendez pas le grand frisson ou l’étonnement des grandes heures de la marque. Hélas !