Et le broadcast dans tout ça ? (Part 2)

Rapide suite à mon précédent article, après avoir lu un sondage très intéressant, décrypté chez Techcrunch. On y apprend que la consommation de vidéo se répartit de la manière suivante :

  • 52% de TV “en live”
  • 14% en visualisation de DVD
  • 12% issu d’un enregistreur numérique raccordé à sa liaison câble ou satellite (le sondage étant US, il faudrait pondérer ici ce taux, en l’absence de “TiVo-like”)
  • les autres sources représentent toutes moins de 10%, qu’il s’agisse de VOD par satellite, de streaming sur Internet, etc…

Le sondage fait également apparaître que la tendance évolue avec les âges : en toute logique, les plus jeunes générations consomment beaucoup moins de TV que leurs ainés.

Quelles leçons tirer de ce sondage ? On peut raisonner avec une vision “verre à moitié plein/vide” :

  • Soit en constatant, ce qui est indéniable, qu’Internet joue encore un rôle très mineur (si on rajoute “online source” et des services de type Netflix, on n’atteint même pas les 15% de volume de vidéo consommée) comparé à la bonne vieille télévision
  • Soit en se disant qu’une immense partie du marché reste à conquérir, et que les générations qui arrivent vont aider puisque beaucoup plus ouvertes que les plus agées.

Je rajouterai deux  réflexions personnelles :

  • Les ainés consomment moins de vidéo “en ligne”. Mais est-ce par méconnaissance d’Internet ou déficience d’équipement (c’est de moins en moins vrai), ou par recherche d’un confort d’utilisation (il est beaucoup agréable de regarder un film tranquillement sur son canapé, sur grand écran) et de mode de vie différent (un jeune ira plus facilement regarder une vidéo tout seul dans sa chambre, sur son petit ordinateur portable)
  • Le dernier schéma est pour moi le plus édifiant : pour la consommation d’une vidéo, la TV est mentionnée à 96, là où l’ordinateur le “mieux placé” (le portable) ne fait que 40% ! Autrement dit, le marché et le potentiel est immense pour qui saura concevoir une offre TV cohérente utilisant les technologies web du moment.

Bon, elle arrive, cette GoogleTV ? 🙂

Pourquoi le prochain Event Apple risque d’être différent

Depuis maintenant plusieurs années, Apple lance un “Special Event” en Septembre consacré à ses iPod et à la musique : timing idéal pour dévoiler la nouvelle gamme qui sera vendue pendant la “holiday season”, autrement dit pour les cadeaux de Noël. La plupart du temps, il s’agit d’une des présentations de Steve Jobs les plus prévisibles : la gamme des iPod défile sous nos yeux, parfois avec un nouvel iTunes, et avec la mise en avant de l’iPod le plus “innovant”, les autres n’étant la plupart du temps que des mises à jour. L’an dernier, l’iPod nano avec sa petite caméra avait fait la vedette. Bref, pas très excitant, tout ça.

Cette année, les choses risquent d’être différentes et pour plusieurs raisons :

  • La gamme iPod risque bien de se réduire, avec l’abandon de l’iPod Classic, qui se vend de moins en moins et qui ne correspond plus vraiment à un usage pertinent aujourd’hui
  • D’une manière plus générale, le marché des iPod, qui a bien résisté jusqu’à maintenant, décline aujourd’hui fortement, sous la pression conjointe de l’iPhone et de l’iPad.
  • l’iTunes Store “in the cloud” va bien finir par devenir une réalité, avec la concurrence de Spotify, et le mode de consommation de la musique qui évolue encore.

Au passage, on peut prendre le risque de jouer le jeu de la boule de cristal avec la nouvelle gamme d’iPod : un iPod nano sans roulette de navigation (et donc avec un plus grand écran tactile), un iPod Touch reprenant l’électronique, et les caméras, de l’iPhone 4, plus d’iPod Classic, et peut être une disparition également de l’iPod Shuffle, qui n’a pas été un succès immense dans sa dernière déclinaison.

Rappelons enfin que l’Apple TV actuel est classé, faute de mieux, dans la catégorie des iPod. On peut donc imaginer, surtout avec la concurrence de Google TV qui arrive, une sortie en fanfare pendant cette présentation du futur iTV. Surtout avec des rumeurs récentes de négociation avec de grands studios sur de la location vidéo à $0.99…. Soit le prix d’une chanson sur iTunes. Un event “musique” ? Hum… de moins en moins !

Rendez vous donc le 7 septembre (ou une date approchante), pour la prochaine grande messe Stevejobsienne !

PS : rappelons que les macophiles sont toujours en attente du prochain MacBook Air, ainsi que d’une mise à jour des suites iWork/iLife qui ont presque deux ans… ainsi accessoirement que d’une nouveauté un peu plus excitante que de simples mises à jour matérielles !

Et le broadcast dans tout ça ?

Sur ce blog comme ailleurs, la cause est acquise : la rentrée va être aux couleurs de GoogleTV et de la peut-être-future-hypothétique iTV d’Apple. Ces boîtiers qui sont censés révolutionner notre approche de la TV (c’est pas moi, c’est Kevin Rose, fondateur de Digg, qui le dit) vont tenter de se faire une place là où beaucoup se sont cassés les dents. Applications interactives, vidéo à la demande, accès à Internet.. tout est là ou presque, sauf… la base même de la télévision : les contenus broadcastés !

Petit rappel : le broadcast, c’est quoi ?

En cette ère où Internet est partout, on en viendrait à oublier le B.A.BA de la diffusion : le broadcast. Derrière ce terme technique, une notion que tout le monde connaît : un émetteur lance un signal “à l’aveugle”, avec une diffusion la plus large possible sur les ondes, et quiconque veut recevoir le signal peut le capter via un récepteur. C’est le principe de la bonne vieille TSF, de la radio, de la télévision hertzienne, bref de la plupart des contenus “d’avant Internet”.

  • Principal avantage de ce mode de diffusion : il n’est pas dépendant d’un nombre de récepteurs. Couverture géographique mise à part, le fonctionnement d’un émetteur est strictement le même que l’on aie un seul ou des millions de récepteurs.
  • Principal inconvénient : ce mode de transmission (le vocabulaire est d’ailleurs approprié : on parle “d’émission” de télévision) ne fonctionne que dans un seul sens. A part “changer de chaîne”, aucune interactivité n’est possible sur un poste de télévision.

Le fonctionnement d’Internet est tout autre : chaque utilisateur d’un site Internet communique avec le serveur via une connexion particulière. Si un site est consulté par 1000 personnes, Apache (le logiciel le plus souvent en charge de gérer les connexions côté serveur) doit dialoguer avec ces 1000 personnes.

  • Principal avantage : l’interactivité est totale, puisque le serveur (“l’émetteur”, si l’on reprend le vocabulaire du broadcast) est aux sortes du client (le “récepteur”)
  • Principal inconvénient : il faut un traitement particulier pour chaque connecté. C’est jouable lorsque ces traitements sont légers, plus délicat lorsque les serveurs saturent.

Mais il y a, au delà de la notion de “traitement”, la bande passante consommée : puisque chaque traitement est “à part”, chaque donnée transmise l’est aussi. Ce n’est pas très grave lorsqu’on parle de quelques kilo-octets de HTML. Beaucoup plus problématique lorsqu’on visualise des vidéos sur Internet !

Concilier broadcast et TV interactive

GoogleTV, qui est annoncé pour cet automne, commence à se dévoiler, en particulier via cette vidéo qui montre quelques unes de ses capacités : applications, accès au contenu VOD, une présentation claire et fluide… mais aussi des fonctions qui rappellent finalement beaucoup ce que les fans de XBMC et autres applications de type “mediacenter” connaissent déjà depuis quelques années. Et surtout…très peu de chose sur la façon dont seront intégrés les contenus broadcastés :

Pourtant, je suis persuadé que l’éventuel succès de tels composants interactifs ne peut passer que par l’intégration des programmes broadcastés. Sans cette prise en compte, ces boîtiers ne resteront que des joujoux rapidement rangés dans un placard (encore une fois, le retour d’expérience des media centers actuels en est la preuve).

Mais quelles sont les modes d’intégration d’un broadcast ? Les réponses sont multiples :

  • Déjà, concernant les branchements : le plus logique est que la “box” se branche en série à la suite du tuner vidéo. Se substituer au tuner est une solution qui a été explorée par certains (TiVo en tête), mais cela amène plus de complications qu’autre chose. Problème : on se retrouve avec deux boîtiers sous son téléviseur.
  • L’idéal est bien entendu d’avoir une box intégrée au téléviseur (qui intègre déjà souvent le tuner TNT). Les deals stratégiques entre Google/Apple d’un côté, et les fabricants de téléviseurs, sont donc primordiaux. Google traite avec Sony, et Apple est soupçonné de discussions avec LG (on mettra de côté les rumeurs d’une vraie TV Apple, rumeurs trop peu fiables pour l’instant).
  • Simple surimpression du contenu numérique (titre, annotations, illustrations…) par dessus la vidéo broadcastée. C’est déjà un bon début, qui sera apprécié, pour peu que le contenu affiché soit approprié et pertinent !
  • Fonctions d’enregistrement. Si l’enregistrement d’un flux vidéo est aujourd’hui bien maîtrisé, il est pas simple de le faire piloter par une “set top box” : il faut en effet que la box soit également capable de demander au tuner de changer de canal. Sans cette fonction de pilotage, on ne peut enregistrer que ce que l’on regarde actuellement (ce qui coupe toute possibilité d’enregistrement programmé)
  • Accès direct aux chaînes. Si les boîtiers gèrent l’affichage de programmes TV, il est quasi indispensable qu’on puisse ensuite accéder aux chaînes en question. Là encore, le pilotage du tuner est important.

Et le streaming local ?

Pas directement lié à la notion de broadcast, mais indispensable si l’on veut faire un tour complet des fonctions potentielles d’un “media center”. De plus en plus de gens cumulent des contenus vidéos (DivX ou autre) sur leurs disques durs locaux, et voudront pouvoir y accéder le plus simplement possible sur leur téléviseur (la plupart du temps, ils regardent ces contenus sur leur PC, ou via une platine DVD capable de lire les DivX).

Cette fonction est logiquement peu exploitée par les acteurs officiels du petit monde des media center : qui dit DivX dit la plupart du temps contenu vidéo illicite, film téléchargé sur Internet, etc.. Là où Google et Apple cherchent à envahir le marché de la vidéo…précisément pour pouvoir vendre du contenu. Pourtant, la maturité des médias de stockage (NAS personnels), et les envies des utilisateurs font que ces fonctions seront rapidement populaires. On le voit d’ailleurs sur l’iPad, où des applications de visualisation de contenus streamés localement commencent à apparaitre.

720 ou 1080 ?

Les rumeurs sur la future AppleTV 2.0 (on parle plutôt maintenant d’iTV) se font plus précises, et l’on commence à rentrer dans le vif du sujet : les spécifications techniques (supposées, bien sûr !).

Un discours technique peu évident à assimiler

Parmi les rumeurs de cette future iTV, la plus “choquante” est la supposée limitation au mode 720p, soit “l’entrée de gamme” de la TVHD, qui, pour rappel, se scinde en deux modes :

  • le 720p, qui représente une résolution d’écran de 1280×720 pixels (le “p” signifiant “progressive”, en opposition aux modes entrelacés)
  • le 1080p, qui lui s’étale sur 1920×1080 pixels

Pour être complet, il faut également évoquer le mode 1080i (i pour “interlaced”, entrelacé), qui est souvent utilisé pour de la télédiffusion HD. Certaines chaînes Françaises exploitent une version tronquée de ce format, à 1440×1080 pixels.

(vous trouverez tous les détails sur cet excellent article de Wikipedia consacré à la haute définition).

Du côté des supports, le Bluray permet la lecture de vidéos au format 1080p, tandis que les supports Internet, Youtube tout comme apparemment Apple, privilégient le 720p, pour des raisons compréhensives de bande passante.

Le choix des téléviseurs est donc crucial : certains (les “HDTV”) en 720p. Les plus haut de gamme sont en 1080p (les “HDTV 1080p”). Si l’on rajoute à ça les différentes technologies d’affichages (LED ou LCD ?), et les discussions qualitatives (“vaut il mieux un bon 720p ou un moyen 1080p ?”), ce n’est rien de dire que tout est fait pour perturber et perdre le consommateur lambda.

Vous prendrez le futur, ou le futur++ ?

Je me suis fait cette réflexion en lisant cet article de Manuel Angelini : cette offre “à plusieurs niveaux” laisse un goût amer dans la bouche du futur équipé ; il a devant ses yeux “le futur”, et “le futur++”.

  • Soit il s’équipe en 720p, en ayant clairement la démonstration qu’il n’est pas “à jour” puisqu’il existe déjà mieux.
  • Soit il s’équipe en 1080p, en gardant le goût amer en bouche d’avoir payé trop cher un équipement en comparaison de son équivalent 720p, qui est pourtant “à la mode” lui aussi.

Le Bluray, s’il est devenu le standard, n’est jamais vraiment devenu “le” truc à la mode. Je connais beaucoup de technophiles, moi le premier, qui étaient les premiers sur les rangs lors de la sortie du DVD, qui n’ont toujours pas franchi aujourd’hui le pas de l’équipement Bluray.

Acheter un lecteur DVD, au début des années 90, était clairement “le top”. Le truc évident qu’il fallait avoir. Sans concurrence, sans perspective d’un “mieux”. Quand Steve Jobs vend un iPhone ou un iPad, il le vend sous diverses déclinaisons, mais tous étant d’un niveau technologique similaire, et présenté comme le summum absolu de tout ce qui est sorti jusqu’à maintenant. Hors de question d’aborder ne serait ce qu’en interview l’inévitable successeur qui arrivera pourtant un an plus tard. Personne n’est dupe, mais on a la certitude d’être “au top du top” au moment de son achat.

Avec la HD, cette désagréable dualité 720/1080 perturbe les esprits autant qu’elle perd les consommateurs. Pire encore : la situation risque de durer longtemps, vu que les supports online ne seront pas capables de diffuser dans des conditions correctes du 1080p avant plusieurs années !

Quel prochain saut technologique ?

Une autre façon de raisonner, et un point d’appui marketing, est le “saut technologique”, visible concrétement et dans tous les esprits, qui change la vie des utilisateurs. Tout le monde est passé au DVD parce qu’il permettait de se débarasser des ces vieilles cassettes VHS encombrantes, qu’il fallait rembobiner, etc… Beaucoup passent à l’écran plat pour ne plus avoir à caser un encombrant meuble laid et prenant facilement la poussière. Nombreux sont ceux qui basculent dans le numérique online, qui permet d’éviter de se rendre en magasin ou de monter des étagères pour ranger ses CD, bouquins ou DVD.

Si on raisonne en ces termes là, qu’apporte le Bluray ? Les définitions 720p machin bidules ? Bien sûr, les arguments sont là, mais ils sont tous techniques, pas évident à comprendre, et ne marqueront jamais autant les esprits que les exemples cités précédemment. A moins que l’innovation soit drivée par une impulsion forte, une image comme Apple sait les créer, qui fait rêver et met de côté la rationalité d’un raisonnement. Et là, on se fiche qu’il s’agisse de 720 ou de 1080…

Des points de vue divergeants

Drôle de paradoxe : jusqu’ici, innovation technologique et appropriation avec le public allaient de pair. Aujourd’hui, on peut finalement voir deux courants s’éloigner peu à un peu l’un de l’autre :

  • L’innovation en tant que telle (1080p…et les autres, le Bluray 3D, etc…) qui nécessitent des équipements particuliers, et qui concernent pour l’instant une certaine élite
  • Les innovations plus “pratiques” (socialTV, achat de contenu online…) qui se contentent de technologies moins évoluées (720p) mais qui sont orientées vers un public plus large

Ces deux voies vont forcément à un moment devoir revenir à quelque chose de plus cohérent et unifié. La diversification n’a jamais été au service de l’appropriation par le grand public (on se souvient des piétinements du Bluray à l’époque de la concurrence du HD-DVD). Mais là, c’est Internet qui risque de ne plus suivre à court terme… Alors quel avenir ? Online mais en faisant une croix sur certaines innovations ? Offline mais avec la frustration de devoir se passer de la dématérialisation du supposrt ? A suivre..

OVS ou les difficultés du community management de masse

Pourtant, tout avait si bien commencé : OVS est (avec Le Bon Coin), un des OVNI du web français, un des projets “low-cost” que j’aime à citer comme exemple de grand succès imprévu, improbable car géré en quasi improvisation d’un point de vue “projet web”, partant d’un postulat simple mais percutant pour ses utilisateurs.

OVS, c’est “On Va Sortir”, un n-ième site de rencontres, mais celui ci partant d’un pitch simplissime mais qui a “parlé” à beaucoup de gens : “Reviens à la vie réelle“. En d’autres termes : lâche un peu ton clavier, la vraie vie est ailleurs ! Ou, en message plus subliminal mais tout aussi percutant : “arrête les Meetic and co où tu enchaînes les rencontres surréalistes et les histoires à la noix, vois du monde dans des conditions ‘normales’, et si ça doit se faire, ça se fera”. Je doute qu’il y aie eu beaucoup d’études marketing derrière tout ça, mais le succès est devenu très rapidement fulgurant. Je me souviens avoir vu débarquer, sous le regard médusé des autres personnes sur place, une cinquantaine “d’amis”, s’étant donné rendez vous via OVS pour une heure de patinoire, le tout dans une ville de province. Du jamais vu !

Convivialité du 21ème siècle ?

Les thèmes que l’on trouve sur le site sont très nombreux : du classique apéro/resto, jusqu’à la pratique de divers sports, en passant par des dons du sang, des concerts, voire même des voyages. Une fois sur place, on rencontre une majorité de célibataires, avec la rencontre amoureuse en sous entendu planant très souvent, mais jamais ou rarement évoquée directement : on est ici pour des rencontres amicales, point. Et si il y a “plus si affinités”, on verra… D’ailleurs, les listes de membres sont bien sagement classées, les filles d’un côté, les garçons de l’autre..

A l’origine du site, plutôt un contexte, un bon timing en fait, plus qu’une recette miracle :

  • Une présentation et des fonctionnalités simples, ne s’éloignant jamais du concept initial : des membres, des rencontres
  • Les concepteurs du site semblent attacher une importance toute particulière aux performances du site : pas de ralentissement, des affichages fluides, malgré le grand succès du service
  • Un message simple, et en adéquation avec un réel besoin : le sentiment de solitude, l’envie de rencontrer du monde, et accessoirement de décrocher d’Internet au profit de rendez vous “dans la vraie vie”
  • Un bon timing : les gens ont plus de temps pour leurs loisirs, mais réalisent du même coup la difficulté de trouver du monde avec qui les partager
  • Une forte régionalité (comme le Bon Coin, tiens) : la première page du site permet de choisir sa ville. Par la suite, son compte utilisateur est lié à cette ville, chaque lieu représentant, techniquement, une “instance” différente du site
  • Un postulat qui séduit beaucoup une masse d’utilisateurs : le site reste un outil, simpliste, jamais une fin en soit. On va sur Facebook pour y rester des heures, on va sur OVS pour franchir le pas de sa porte dans le quart d’heure qui suit.

Le parallèle avec “Le bon coin” est frappant : une plateforme technique simplissime, et qui privilégie l’échange direct, “in real life”, aux lourdes opérations complexes des concurrents (eBay pour Le Bon Coin, Meetic pour On Va Sortir).

Modération de masse

Problème : beaucoup de données transitent sur le site. De plus en plus. Des événements, des photos, des messages échangés. Les administrateurs du site se sont très vite heurté à un grand “classique” des forums les plus courus : comment parvenir à maintenir un contenu de qualité, à limiter les risques en tant que responsables d’un tel site, en détectant le plus efficacement possible les abus en tout genre.

Et, problème annexe, qui, comme vous allez le voir, a été largement sous estimé : comment maintenir le fragile équilibre qui a fait que le site est devenu un “style de vie”, un point de rencontre où les utilisateurs mettent beaucoup d’eux même.

Au début, OVS utilisait un “classique” système de modérateurs, des supers-utilisateurs, sélectionnés pour leur présence active sur le site, et qui servaient à la fois d’hôtes dans la vraie vie, et de modérateurs en ligne. Quand j’avais essayé OVS par exemple, j’avais été convié à une première soirée organisée par les modérateurs locaux, qui se présentaient, présentaient l’esprit du site, aidaient les nouveaux à se faire un réseau, etc… Bref, dans l’esprit “IRL” du site.

Problème : ces modérateurs privilégiant logiquement les rencontres et activités (après tout, c’est l’esprit du site !), ils n’étaient pas suffisamment présent sur le site pour modérer les flux d’informations sans cesse plus nombreux. Il fallait donc trouver autre chose.

Le système imaginé par les concepteurs d’OVS était, en un sens, judicieux et séduisant : donner une “carotte” aux modérateurs en herbe, en proposant de modérer tout type de contenus, et de récompenser les plus actifs dans cette tâche rébarbative en leur proposant la possibilité d’accéder à un statut de type “VIP”, ou “membre d’or”, bref, la possibilité de monter en grade dans la communauté. Pour garantir la neutralité des modérations, orienter en priorité les modérations vers des contenus “hors région”. Modérer des événements et des utilisateurs complètement inconnus permet d’éviter à priori certains débordements et jugements pas très objectifs.

Ces actions visant à améliorer la qualité du site se sont heurtés à des critiques extrêmement virulentes, et de plusieurs sortes :

  • Le site “Travail de con“, qui dénonce le côté bénévole des modérateurs. Jugeant que le site doit son bon fonctionnement au travail de modération, ces critiques dénoncent une injustice économique (une société commerciale florissante reposant sur le travail de bénévoles – à priori, la société Netuneed à l’origine du site n’emploie aucun salarié) ainsi qu’une situation illégale (les “carottes” mentionnées plus haut pourraient être considérés par l’URSSAF comme des avantages en nature).
  • Le blog “On va sévir“, et d’autres, insistent plus sur le modèle économique autour du site. La majorité des sorties sont gratuites, mais d’autres, en particulier les voyages mis en avant, permettent au site de récupérer une marge apparemment non négligeable
  • Enfin, d’autres dénoncent la “prime à la dénonciation”, peu reluisante. Les exemples de “petits chefs” ont été grandissant, avec le succès du site, amenant une ambiance rapidement malsaine..

Les remarques sur le modèle économique, forcément fait un peu à l’improvisation, étaient prévisibles : la migration d’un site gratuit vers du payant est souvent vécu comme une agression, et encore plus sur un site dans lequel on met beaucoup de soi. La mise en lumière du chiffre d’affaire de la société (475 000 euros en 2009, pas mal pour une société née en 2007… et sans aucun salarié !) a pu choquer. Les autres remarques sont plus surprenantes, mais permettent de tirer pas mal de leçons de l’histoire.

La plupart des témoignages font ressortir de nombreuses maladresses dans la façon de gérer sa communauté : la censure, y compris sur les messages privés, est forcément extrêmement mal pris. La “chasse aux actions commerciales pirates” est une juste lutte, mais difficile à faire accepter lorsqu’on lance soit même des actions commerciales similaires.

Les leçons à tirer

Le cycle de vie d’un produit a été largement étudié et documenté par diverses analyses marketing. Mais lorsqu’il s’agit d’un produit web, et en particulier s’il intègre de fortes notions communautaires, la période dite de “vache à lait” est souvent remplacée par une période amenant une forte contestation, et où les actions envers ses clients sont beaucoup plus délicates à mettre en place (contrairement à ce qui se passe sur le cycle d’un produit “classique”, où cette période est au contraire beaucoup plus facile).

  • Utiliser du crowdsourcing pour faire de la modération ressemble à une fausse bonne idée, ou alors la bonne façon de le présenter reste à définir !
  • A la croissance du site doit, à un moment ou a un autre, correspondre un investissement en ressources humaines pour encadrer et aider la communauté. En dehors des coûts techniques (serveurs, hébergement…), OVS est une opération à marge énorme, puisque tous les événements sont soit organisés par des bénévoles, soit directement rémunérateurs. Ce fossé grandissant entre actions bénévoles et bénéfices exponentiels amène beaucoup de tensions et de polémiques.
  • Le grand public à clairement du mal à assimiler qu’une entreprise se lançant avec un service gratuit le fait avec des objectifs commerciaux à moyen terme. Pour beaucoup, OVS était une sorte d’association sans but lucratif, et le virage inévitable vers des actions payantes est très mal perçu
  • Même si un modèle commercial est souvent difficile à déterminer précisément, et encore plus à annoncer à l’avance, il est impératif que le site affiche dès le début des valeurs clés sur lesquelles il sait qu’il n’aura pas à transiger une fois passé le pas du commercial. Les utilisateurs ressentent une trahison qui aurait pu être tuée dans l’oeuf avec plus de clarté au lancement du site
  • La tarte à la crème du community management : communiquer est primordial. Impossible sur le site d’OVS de trouver, par le biais d’un blog, ou de communiqués officiels, la “voix officielle” du site. Du coup, il faut passer par des sites militants, très critiques pour la plupart, pour avoir un écho sur le fonctionnement du site. Les seules communications ponctuelles se sont faites par le biais des forums, qui sont régionaux eux aussi, ce qui est encore pire que le mal : les utilisateurs le ressentent comme une injustice, un traitement à deux vitesses, entre ceux qui reçoivent des communiqués… et tous les autres
  • Et, encore une fois, la notion de valeurs, primordiale sur un site tel que celui-ci qui met en avant des valeurs humaines. Combattre le squatt d’actions commerciales sur son propre site est une chose, aller jusqu’à censurer les messages privés en est une autre.
  • Polémique n’est pas synonyme de descente aux enfers : si l’on en croit des indicateurs externes tels qu’Alexa, le site ne s’est jamais aussi bien porté, malgré de grandes actions de migrations vers la concurrence (DailyFriends en tête) par plusieurs utilisateurs historiques d’OVS. On n’ose imaginer la cohabitation entre plusieurs groupes de sites “concurrents” dans des mêmes lieux publics. En tout cas, cette forte dégradation d’ambiance ne nuit pas au site, qui bénéficie d’un fort taux de renouvellement.
  • Diriger la stratégie d’un site communautaire par ses conseillers juridiques est une arme à double tranchant : OVS semble adopter une certaine agressivité, via des actions juridiques contre les sites détracteurs, une censure tenace sur la moindre critique du site, et aussi des actions contre les concurrents potentiels. On est malheureusement loin des valeurs amicales prônées par le site et par bon nombre de ses utilisateurs !

Il sera intéressante de suivre l’avancée d’OVS, en particulier sur l’évolution de son modèle économique : le site affiche une ambition internationale, avec le lancement du petit frère nommé Urbeez, et devrait annoncer une croissance insolente pour 2010, en parallèle des concurrents qui montent et cherchent à innover sur le même terrain. Toujours sans aucun salarié ?

Wave : un proof of concept

Moins d’un an après un lancement en fanfare, Google enterre discrètement Wave, son produit qui était censé révolutionner le mail et le travail collaboratif en ligne.

Bien sûr, on ne peut pas se réjouir de l’abandon d’un projet. Mais Wave, s’il a été un échec public (à peu près tout le monde l’a rapidement abandonné après quelques essais), a amené tellement d’innovations et de concepts alternatifs que je ne peux m’empêcher de penser qu’il va revivre, sous d’autres formes, plus intéressantes et pertinentes, mais tout aussi performantes.

Sur la forme, on peut considérer à juste titre que Wave est une des preuves des difficultés de Google à fournir un outil grand public s’approchant d’un réseau social. Après Orkut, Buzz et d’autres, Google n’a toujours pas réussi à trouver la “recette miracle” qui le mettrait au niveau d’un Facebook ou autre (en attendant peut être Google Me qui devrait arriver sur la rentrée ?).

Sur le fond, Google avait vraiment fait les choses en grand techniquement, et Wave possède(ait) sans doute les défauts de ses qualités : un produit issu d’un travail d’ingénieur, avec tout ce que ça implique de complexité, d’inadaptation potentielle avec le marché, mais aussi de créativité et de défrichage de terrains encore vierge sur le Web.

Google Wave, c’est avant tout une alternative au paradigme le plus handicapant du Web : la difficulté, via le protocole HTTP, de mettre au point des applications interactives ; jusqu’ici, on est obligé de passer par des intermédiaires, de la bidouille la plus complète (Ajax and co…) jusqu’aux implémentations plus officielles (les sockets de HTML5). Mais toutes ses surcouches ont un objectif : camoufler les carences de HTTP, qui, rappelons le, a été conçu pour un usage qui n’avait rien à voir avec ce qu’est le web d’aujourd’hui.

Wave avait pour particularité de fonctionner d’une manière toute autre : en se basant sur le protocole XMPP, conçu au départ pour les logiciels de messagerie instantanée, le noyau de Wave rendait possible tout un tas d’applications inédites sur le web, comme le fait de travailler à plusieurs simultanément sur le même document.

Là est le principal atout de Wave et ce par quoi il a chuté : sur le postulat de cette base technique excellente, les ingénieurs se sont efforcés “d’inventer l’application qui allait avec”. Quitte à ce que cela tourne plus à la démonstration de force qu’à une réelle utilité pour l’utilisateur final.

Mais il n’empêche que ce projet a ouvert la voie : il n’y a qu’à regarder Google Docs, qui, ces dernières semaines, a intégré les fonctions de travail interactif sur un document, d’une manière élégante, et, cette fois-ci “user centric” : en partant d’un outil déjà utile. Plus que jamais, il est donc temps de se pencher, à froid, sur les API de Google Wave, et sur les développements, pour la plupart opensource, derrière ce produit qui, après sa mort, risque de devenir une mine potentielle pour développeurs…

Pour en savoir plus : Le site Google Wave Federation Protocol