Un peu plus sur Google TV

Après l’effet d’annonce à Google I/O, on en sait maintenant un peu plus sur Google TV, grâce à une vidéo qui montre une bonne partie de l’interface utilisateur de ce futur joujou. Des images mieux que des mots, regardez : (en anglais, désolé !)

Quelques réflexions en vrac qui me sont venues après avoir regardé ce court documentaire :

  • Rien n’est montré sur le périphérique d’entrée, mais il semblerait que la voie choisie soit très “textuelle” (un bandeau horizontal disponible en permanence en haut de l’écran permet de saisir une requête de recherche comme si vous étiez sur Google) : il faut donc imaginer l’utilisation d’un clavier sans fil, et puisque Logitech est de la partie, on peut imaginer la conception d’un périphérique “sur mesure”
  • Une des bases de la partie applicative est bien sur un AppStore, qui se base sur celui déjà existant d’Android
  • Et surtout, ce qui était ma principale inconnue : GoogleTV interagit avec les flux broadcastés (les “chaînes” de TV, en d’autres termes !) et peut vous permettre de consulter un programme TV, de lancer un enregistrement, de le planifier, etc…

Cette vidéo étant très “grand public”, on n’en sait pas beaucoup plus sur la base technique de l’engin. Il semblerait que le système ne se substitue pas à votre décodeur numérique classique, mais se positionne “par dessus” :

  • L’interface utilisateur de GoogleTV semble s’incruster par dessus l’image TV diffusée
  • Les applis Google peuvent de toute évidence interagir avec le décodeur , par exemple pour demander un changement de chaîne.

Si c’est cette voie qui est choisie, de “cascade” entre le décodeur TV et la GoogleTV, elle a un gros avantage, et un gros inconvénient :

  • L’avantage, c’est que la “box” GoogleTV n’a pas à se soucier de s’adapter à votre mode de réception (satellite, câble…) comme une TiVo doit le faire, par exemple
  • L’inconvénient, c’est que le système implique que votre récepteur soit capable de recevoir des ordres de la GoogleTV (comme la demande de changement de chaîne). Avec une FreeBox, par exemple, c’est imaginable par le fait que Free propose une API complète. Mais avec d’autres systèmes plus fermés, je ne vois pas trop comment cela peut fonctionner.

Google risque d’attendre que les “box” des opérateurs deviennent compatible avec leur système. Pour que les opérateurs fassent cet effort, il va falloir que GoogleTV s’impose et soit un gros succès. Mais pour que GoogleTV soit un gros succès, il faut que les box soient compatibles… L’éternelle histoire de la poule et de l’oeuf

L’autre solution possible est celle de l’intégration directe au téléviseur : les choses deviennent ainsi beaucoup plus simples, à la fois physiquement, puisqu’il n’y a plus besoin de boîtier additionnel, et techniquement, puisque l’interaction entre flux TV et GoogleTV devient beaucoup plus limpide. Le deal avec Sony est donc déterminant dans cette histoire. Mais Sony est loin d’être le seul constructeur…

Bref, beaucoup de points d’interrogations, mais un produit, qui, s’il s’impose, risque de changer beaucoup de choses : que ça soit en terme d’interactivité, de gestion de ses programmes, de T-Commerce (l’e-commerce sur sa TV), les perspectives sont immenses !

J’ai toujours eu tendance à chercher à minimiser l’impact d’univers tels que les blogs ou Twitter, car ils ne concernent finalement que peu de gens, des “happy few” en quelque sorte. L’arrivée de réseaux sociaux massifs de type Facebook avait déjà tendance à changer la donne, de par leur diffusion. Mais là, c’est carrément la majorité des utilisateurs qui est visée, en s’attaquant à l’objet de plus grande diffusion : le téléviseur. Il est bien trop tôt pour dire si GoogleTV sera un succès ou retombera comme un soufflet “à la Google Wave”. Mais si un acteur aussi important cherche à conquérir ce marché, il risque fort de s’en donner les moyens… A suivre cet automne, date annoncée de sortie.

Update:  on en sait un tout petit peu plus sur le périphérique d’entrée de la Google TV. Comme prévu, il s’agira d’un clavier simplifié, avec des fonctions de navigations :

All input devices for Google TV will have QWERTY keyboards, but users will often navigate using a directional pad. Like remote controls, these limit the navigation model to up, down, left, right, and enter.

It’s all about the platform, baby !

Loic Le Meur, qui n’est pas le dernier pour “sentir” l’orientation du moment, l’a annoncé ce week-end : sa conférence “Le Web” de cette année sera structurée autour de la notion de plateforme :

Que l’on parle de plateformes, de nouveaux médias comme sur ce blog, ou encore d’Internet des objets, le constat est le même : l’Internet qui est en train de se construire aujourd’hui est protéiforme : téléphone, TV, tablettes viennent se substituer au PC que l’on utilisait jusqu’à maintenant. On ne parle plus de “complément“, comme pouvait l’être un iPhone en 2007 vis-à-vis de son ordinateur, mais bel et bien de remplacement : on peut aujourd’hui être un utilisateur actif du Net sans passer par un ordinateur traditionnel.

D’un point de vue technique, l’état des lieux me rappelle (avec nostalgie 😉 ) ce qu’était le monde bouillonnant de la micro-informatique des années 80 : de multitudes de marques, de standard, où l’aventure est possible et les situations moins prédominantes que pouvait l’être un Windows entre 1995 et la fin des années 2000.

HP prépare sa mutation

Le vénérable HP semble, au vu de sa stratégie de rachats, être (pour une fois…) dans la phase ascendante de ce mouvement, en se préparant à proposer plusieurs plateformes simultanément. L’échec de la tablette Slate, conçue autour de Windows 7, ce qui la rendait inadaptée à un usage “à la iPad”, a été vite digéré, et les effets d’annonce se sont succédés :

  • Le mois dernier, HP finalisait l’achat de Palm, et surtout des compétences liées à PalmOS.
  • Ce mois-ci, c’est Phoenix qui a été avalé par le numéro 1 de la micro-informatique.

Phoenix est un concepteur historique de BIOS pour ordinateurs de type PC. Mais c’est aussi depuis quelques temps un précurseur de l’Instant OS : un système d’exploitation minimaliste, conçu autour du noyau Linux, et pensé pour être utilisable en quelques secondes, sans avoir à lancer quoi que ce soit sur le disque dur de son ordinateur. Ces systèmes peuvent servir en “dépannage”, mais aussi dans le cadre d’une utilisation pérenne. Le projet Hyperspace est déjà bien avancé, et amène une nouvelle perspective à nos vieux PC.

Si un acteur majeur tel que HP prépare le terrain d’une telle manière, et surtout (cela reste une contrainte importante) s’ils parviennent à dépasser la lourdeur d’une telle compagnie pour proposer avec un “time to market” suffisamment court des produits innovants, cela peut avoir effet d’une vraie lame de fond.

A l’opposé, l’histoire de l’informatique est pleine de fusions ratées et de produits enterrés. On peut rappeler, en parlant de Palm, qu’ils ont racheté les actifs de BeOS sans jamais rien en faire..

La bataille des OS aura bien lieu

Steve Ballmer l’a dit à la conférence D8 : il ne comprend pas pourquoi Google développe en parallèle deux systèmes d’exploitation. Une autre analyse aurait été surprenante de la part du leader absolu des systèmes d’exploitation, qui décline à l’infini (ou presque) Windows, depuis la version pour NetBooks jusqu’à celle pour serveurs.

La réflexion n’est d’ailleurs pas dénuée de fondement, on se souvient de l’extrême difficulté qu’avait eu Microsoft à l’époque à porter en parallèle la branche des héritiers de MS-Dos (tous les Windows jusqu’à Windows Millenium) de celle préfigurant le Windows actuel (de Windows NT jusqu’à XP, qui était le premier à annoncer la fusion des deux branches, en 2001).

Google est donc bien décidé à porter en parallèle Android, son OS dédié aux téléphones et qui est annoncé pour la télévision, et Chrome OS, qui sera clairement étiquetté “cloud” et qui est destiné en priorité aux petites configurations de type NetBook. L’arrivée de Chrome OS a été confirmée pour cet automne.

Apple Google Microsoft
Netbooks Chrome OS Windows 7 Starter
Téléphones iOS 4 Android Windows 7 Phone
Tablettes iPhoneOS 3 Android Windows 7 ?
TV iOS ? Android Windows Mediacenter
PC Mac OS Snow Leopard Windows 7

Si l’on rajoute que l’offre en systèmes d’exploitation du côté des téléphones est large et complexe (relire à ce sujet l’interview de Mik Bry que j’avais publié il y a quelques temps, et qui reste d’actualité), le choix d’une plateforme plutôt qu’une autre est aujourd’hui vraiment délicat, aussi bien pour le développeur que pour le décideur.

Sur le marché de la téléphonie, pour reprendre cet exemple, iPhone est bien sûr plus que leader, mais Android est aujourd’hui de plus en plus présent (voir même dépasse iPhone en terme de part de marché, selon certaines études), et on peut s’attendre à un grand retour de Microsoft, porté par un nouvel OS mobile au design réellement différençiant et séduisant, et par des accords avec des partenaires hardware toujours solides.

Pour essayer d’être complet sur cette “veille” de l’actualité, il faut noter l’arrivée de MeeGo, le système d’exploitation sur base Linux fusion des travaux d’Intel et de Nokia, et destiné aux Netbook (et éventuellement à des tablettes). Bénéficiant du retour d’expérience de Nokia en terme de d’interface utilisateur, et de la solidité des travaux d’Intel sur l’exploitation optimale du hardware de petits Netbook, ce produit pourrait bien produire la surprise, et en tout cas rentrer en concurrence frontale avec Jolicloud et le futur ChromeOS.

En résumé : des marchés très ouverts, des modèles économiques qui arrivent à maturation (en particulier avec le modèle d’AppStore), et des voies qui restent à défricher (et je pense bien sûr à la TV interactive). On est bien loin de l’écosystème “PC” qui tournait en rond depuis quelques temps !

iPhone 4 : le terminal vidéo idéal ?

Une fois de plus, l’iPhone a su se mettre au niveau de ses concurrents, en rattrapant son retard (pas mal), et en prenant de l’avance (un peu). Petit point d’étape sur ce que ce nouveau terminal nous apporte…

Avant tout : du génie marketing

Le champ de distortion de la réalité a frappé fort hier : l’essentiel des annonces sur ce nouvel iPhone étaient liées à un rattrapage sur les défauts subsistants sur la précédentes versions :

  • Il y a maintenant un capteur 5M pixels, et un Flash. C’est bien, mais c’est surtout une mise à niveau par rapport à ce que les concurrents proposent depuis un an
  • La résolution d’écran a été largement améliorée, pour atteindre un nouveau record ; on y reviendra
  • La caméra frontale (qui existe depuis longtemps chez de nombreux concurrents) fait son apparition. Mais là, tout est dans la façon dont la fonction est présentée
L'ancien et le nouveau (image issue de www.techcrunch.com)

Pour moi, la présentation de ce nouvel iPhone, et l’enthousiasme qui en découle, est vraiment une illustration parfaite d’un discours marketing incroyablement maîtrisé. Ceci n’a rien de péjoratif ; simplement, la force avec laquelle Steve réussit à persuader alors que cette mise à jour est surtout une séance de “rattrapage” amène une certaine admiration.

La recette numéro 1 de Steve (oui, je l’appelle par son prénom, comme tout le monde, on a conduit notre combi Volkswagen ensemble dans les 70’s !) est celle de l’analogie qui frappe. Imaginons la scène chez un constructeur standard.

  • Le gars du marketing : “Bon, alors, ce nouvel écran, ça donne quoi au final ?”
  • Le barbu de la tech : “Ben il est super plus précis, une résolution de 960×640 et une précision de 326PPI.
  • Le gars du marketing : “PPI ?”
  • Le barbu de la tech : “Ouais, le nombre de points qu’on affiche sur une largeur d’un pouce. Mais bon, le chiffre ne veut plus dire grand chose, de toute manière c’est plus que l’oeil ne peut en supporter”.
  • Le gars du marketing : “Mouais, PPI personne n’y comprend rien, en plus ça ne fait même pas un chiffre rond là. On va plutôt insister sur la résolution d’écran”.

Plan de com’ qui en résulte : “Un nouveau superbe écran, 960 par 640 points !

La même chose chez Apple :

  • Le gars du marketing (Steve, en fait…) : “Bon, alors, ce nouvel écran, ça donne quoi au final ?”
  • Le barbu de la tech : “Ben il est super plus précis, une résolution de 960×640 et une précision de 326PPI.
  • Steve : “PPI ?”
  • Le barbu de la tech : “Ouais, le nombre de points qu’on affiche sur une largeur d’un pouce. Mais bon, le chiffre ne veut plus dire grand chose, de toute manière c’est plus que l’oeil ne peut en supporter”.
  • Steve : “Plus que l’oeil ne peut en supporter ? Mais c’est génial ça ! C’est le premier écran plus fort que la rétine ! La machine qui dépasse les capacités de l’homme !”

Plan de com’ qui en résulte : “Retina Display, plus que vous ne pouvez voir“.

C’est tout bête, mais c’est la recette qu’utilise Steve Jobs depuis des années, et ça marche extrêmement bien : zapper toutes les données techniques, les chiffres, pour se concentrer sur un message qui ramène à une notion concrète de la vie réelle. Quelques exemples :

  • les premiers iPod : capacité en “nombre de chansons“, là où les concurrents demandaient au futur client de comprendre la différence entre mémoire Flash et disque dur.
  • iPad : batterie “capable de tenir pendant un vol Tokyo-Los Angeles à regarder des vidéos”
  • suite “iLife” : plutôt qu’une “suite applicative”, on parle de “sa vie numérique“.
  • etc…

C’est bien sûr très malin, puisque cela permet de lisser complètement l’effort qu’à a faire l’utilisateur au moment du choix de son futur gadget numérique (plus besoin d’assimiler de notions techniques), tout en lui donnant un discours “clé en main” qu’il utilisera lui même pour parler du produit à ses amis. Le seul truc vraiment étonnant en fait, c’est l’obstination qu’ont les concurrents à continuer à parler de la technique…

Même recette pour “FaceTime” : la notion de vidéoconférence existe depuis des années. A priori, difficile de survendre la notion, d’autant plus que l’iPhone devait être le dernier dinosaure à ne pas avoir cette fonction dans le panel des téléphones haut de gamme. Et pourtant…

Pour savoir si un téléphone peut faire de la visioconf, il faut vérifier la présence d’une “caméra frontale”. Vérifiez auprès de votre entourage non-geek : en employant ce terme, il y a pas mal de chance qu’ils pensent à une caméra collée sur le front plutôt qu’au fait de voir son correspondant ! Là, Steve ne parle même pas de viseur optique, encore moins de sa résolution (c’est du VGA, au fait…) : il montre directement une mise en situation, avec des personnages agissant dans des situations connues (le gars coincé dans son hôtel qui languit de sa famille, etc…).

Au passage, la vidéo “montre” le nouveau geste qu’il faudra avoir en public sans crainte du ridicule (puisque des pubs branchées le démocratisent) : tenir son téléphone à bout de bras et lui “parler”.

Résultat des courses : la discussion vidéo existe depuis des années, en tant que technicien je connais toutes ses limites et la galère que ça peut être, et pourtant, à l’issue de la keynote, je n’ai qu’une envie : dégoter un iPhone 4 (enfin… deux !) pour pouvoir faire de la visioconf.

Pour rentrer dans le détail, je crois qu’il faut vraiment distinguer le hardware, le fait que l’iPhone dispose maintenant d’une caméra frontale, de FaceTime, la “promesse” logicielle (et surtout marketing).

FaceTime : la visioconf’ “next gen”

Une fois l’excitation des effets d’annonce passée, les utilisateurs vont rapidement se heurter à la dure réalité : FaceTime est quasi inutilisable à court terme. Si je ressors les quelques restes de “proba/stats” que je peux avoir du lycée, ça donnerait ceci :

  • probabilité que mon interlocuteur dispose lui aussi d’un iPhone 4 dans les semaines à venir : disons 20% (c’est optimiste, j’ai un entourage geek et apple-ophile !)
  • probabilité que je sois sur un réseau WiFi en situation de mobilité au moment où je veux passer mon appel (rappelons que FaceTime ne fonction QUE en WiFi) : 20% (soyons optimiste, il y a de plus en plus de hotspots publics)
  • probabilité que mon interlocuteur soit lui aussi en WiFi : 15% (lui ne s’attend pas forcément à mon appel, donc il n’a pas forcément fait l’effort d’être sur une borne WiFi. Pourcentage un peu relevé par le fait qu’il peut être à la maison)

Je fais mes petits calculs : au final, j’ai 0,6% de chance que mon projet de faire une visioconf avec FaceTime aboutisse !

Et encore faut il que j’ai un besoin de visioconf ! Bah oui, on n’est pas tous les jours coincé dans un hôtel à languir de son petit dernier, ou à la guerre en Irak pendant que sa douce passe une échographie…

Vous allez me dire : “oui, mais tes calculs sont bidon, la visioconf, c’est plutôt lorque chacun est chez soi, et qu’on sait à l’avance qu’on va discuter de temps en temps en vidéo, pour une réunion de boulot par exemple”. Certes. Mais pour cette usage, je préfère iChat sur mon Mac, qui permet l’insertion de docs dans la discussion. Ou encore un iPad, qui est censé être mon device mobile préféré à la maison. Mince, l’iPad n’a pas (encore) de caméra !

Vision pessimiste ? Du tout ! Au delà de l’anticipation des déceptions à venir, mon propos est plutôt destiné à souligner ceci : FaceTime (et ses déclinaisons) est promis à mon sens à un bel avenir, parce qu’il mise sur de l’avant-gardisme : plutôt que de se lancer tête baissée dans une bataille perdue d’avance (les gars d’Apple en savent quelque chose avec iChat qui reste un gadget peu utilisé) contre les “leaders” que sont Skype et Windows Messenger, FaceTime prend le contrepied en disant : “voilà ce que doit être la vidéoconf dorénavant”. L’avenir défini par cette application, c’est :

  • quand les téléphones exploiteront le H264 pour de la visioconf. Ambitieux, mais judicieux (le H263 jusqu’ici souvent utilisé pour ce genre d’appli est d’une bien moins bonne qualité, amenant souvent une déception par rapport à ce qu’on attend d’une visioconf)
  • quand les réseaux seront prêts (pas grave que seul le WiFi soit utilisé. Ma peur était en fait qu’Apple se base sur un réseau 3G : avez vous déjà utilisé de la vidéoconf avec un téléphone 3G ? C’est incroyablement déceptif…). Donc, pour l’instant, c’est WiFi obligatoire. En attendant la 4G. Ou le WiMax, peu importe. Notez au passage que l’iPhone 4… n’est pas un téléphone 4G. Pas grave, ça fera vendre le prochain !
  • en jouant la carte de l’ouverture (protocoles connus et diffusés librement). Pas évident, mais ce joker était la carte à jouer lorsque, comme Apple, on part de zéro ou presque dans le domaine. Je suis le premier à être déçu qu’iChat ne soit pas (pour l’instant) compatible, mais que représente la part des utilisateurs d’iChat ? Rien ou presque. Mieux valait donc jouer la carte de protocoles connus et déjà exploités plutôt que forcer la main à utiliser un protocole propriétaire que personne n’utilise. N’en déplaise aux macophiles qui sont décidément bien bousculés ces derniers temps (mais ça fera vendre MacOS 10.7, qui incluera bien sûr un iChat compatible FaceTime).
  • en utilisant cette image d’ouverture pour forcer les autres acteurs à utiliser les mêmes technologies. C’est la même recette que HTML5 en fait : au départ, personne n’en faisait, mais, parce que la solution est “plus saine” déontologiquement parlant (et technologiquement crédible, quand même !) il vaut mieux l’utiliser, sans trop se poser de questions.
  • et donc…quand les devices utiliseront nombreux des protocoles capables d’interagir avec FaceTime. L’iPad en tête…quand il aura une caméra bien sûr (pas grave, ça fera, là aussi, vendre le prochain !).

Si l’on résume, Apple (re)crée un besoin là où il n’y en avait plus, en apportant une promesse, une technologie irréprochable face aux expériences passées qui avaient déçu l’utilisateur, au point de lui faire abandonner l’espoir d’utiliser de la visioconf.

Cette promesse va générer des ventes (je suis chaque fois surpris, même si je ne devrais plus, par mon entourage qui a une fois de plus réagi par des “ça est, cette fois, je franchis le pas, ce tel est trop bien!”), mais aussi très rapidement une frustration. Frustration qui sera soignée dans quelques mois… par Apple, avec l’iPad 2 et l’iPhone 5. La boucle est bouclée. Même en n’étant pas dupe, c’est très, très, très malin.

La caméra frontale : porte ouverte aux applications

Pour parler plus concrétement du court terme, la caméra frontale, qui était le dernier gros manque de l’iPhone, ouvre des perspectives excitantes :

  • déjà, les applications type Skype, qui vont en plus bénéficer des possibilités de multitâche d’iOS 4, ne tarderont pas à exploiter cette caméra. S’ils tentent de s’aventurer sur le terrain de la 3G, cela aménera une expérience très déceptive…mais qui ne desservira que l’image de Skype, pas celle d’Apple
  • les technologies de réalité augmentée vont exploiter à fond cette caméra. Les jeux vont prendre une autre dimension, plus immersive, de nouvelles interactions homme/machine vont pouvoir être inventée, etc… si “killer app” il y a pour l’iPhone 4, elle viendra de ce terrain là
  • détail qui n’en est pas un : pour les développeurs, le fait de se reposer sur un hardware stable et connu (il n’existe qu’un iPhone) est un atout face à un écosystème Android très hétérogène.

J’ai d’autres trucs à dire à propos de cette keynote, mais ça attendra un autre article… See you soon !

TV et interactivité : alliance impossible ?

Le petit monde encore très virtuel de la TV interactive (qu’on pourrait définir par : tout ce qui permet d’utiliser la TV en plus -ou à côté- de l’affichage des émissions broadcastées “classiquement”) était en pleine effervescence ces derniers temps :

  • l’annonce officielle d’une future “GoogleTV“, un projet réunissant des acteurs du software et du hardware,
  • la rumeur d’une AppleTV 2.0,
  • et enfin un démenti cinglant de Steve Jobs, qui estime, enfin qui déclare, que le marché est impossible à conquérir, du fait de sa trop grande complexité.

Que penser de tout ça ?

Je vais essayer ici d’utiliser le “spectre” de GoogleTV pour tenter de décoder un peu les difficultés, besoins, pistes de cette télé interactive qui n’en finit plus d’arriver…

Que promet Google TV ? En quoi est ce nouveau ?

La notion même de Set Top Box existe depuis déjà assez longtemps : un boitier à connecter sur sa TV, ça se voit depuis que la prise Péritel existe ; l’arrivée du numérique a en revanche bien sûr fait beaucoup évoluer les choses, mais on s’aperçoit vite que beaucoup reste à faire.

Si l’on prend la “box” la plus aboutie en France, la FreeBox HD, l’interactivité est pour l’instant limitée (quelques jeux, en fait, et une ouverture très “geek” au sens bidouilleur vers un media center).

Ce qu’annonce GoogleTV, c’est en fait l’ouverture par l’utilisation d’un système d’exploitation connu et reconnu : Android. Le fait de s’appuyer sur un “standard du marché” (même s’il est fait maison, en l’occurrence), permet énormément d’ouverture : les développeurs sont déjà là, et la perspective d’installer une application aussi simplement sur son téléviseur que sur son téléphone (avec le rituel AppStore..) est vraiment un énorme “plus”. On s’imagine déjà avec toute une palette d’outils, du client Twitter jusqu’aux incontournables jeux…

Première interrogation : le hardware

Android a énormément d’atouts, mais, si vous discutez avec un développeur un minimum objectif (sisi, il y en a !), l’hétérogénéité du hardware pose rapidement problème : d’un téléphone à l’autre, on n’a pas la même résolution d’écran, pas les mêmes boutons, pas la même puissance CPU, etc… Qu’en sera t’il avec le hardware ? Pourra t’on s’appuyer sur une configuration minimale suffisante pour pouvoir développer des jeux de bonne qualité ?

Le projet GoogleTV inclut des partenariats avec divers fabricants matériels :

  • Logitech devrait fournir le Set Top Box,
  • Sony prévoirait d’inclure le hardware directement dans certains téléviseurs,
  • et Intel est le fournisseur officiel du CPU, avec ses Atom qu’on retrouve couramment dans de nombreux Netbook.

Que se passera t’il lorsque ce petit cercle de partenaires va grandir ? C’est pour l’instant une inconnue.

Deuxième interrogation : le périphérique d’entrée

Il ne vous aura pas échappé qu’Android fonctionne sur un téléphone tactile. Les interfaces suivent donc le chemin tracé par l’iPhone : pas de mouseover, des boutons adaptés à la taille d’un doigt, la possibilité de “drag’n’dropper” un élément, etc… Comment un tel schéma sera reproductible sur l’écran d’un téléviseur ? Je vois deux problèmes à résoudre :

  • Le pointage. Jusqu’ici, la “moins pire” des interfaces intuitives est très probablement la Wiimote, qui est loin d’apporter la précision d’un doigt.
  • Le clavier. GoogleTV est annoncé avec une version adaptée de Google Chrome. Même si l’on fera un usage très passif du web devant son téléviseur, il faudra forcément, à un moment ou à un autre, taper une URL ou remplir un petit formulaire. Devra t’on revenir à la solution du clavier sans fil posé sur les genoux ? Pourquoi pas…

Je ne préfère pas penser à une alternative de type “télécommande” classique (celle de la FreeBox est sans doute un modèle du genre…enfin plutôt de ce qu’il ne faut pas faire : je l’ai depuis des années, je suis plutôt d’un profil technique et geek, et je ne sais pas à quoi correspondent la moitié des boutons qu’elle propose).

A l’opposé, les télécommandes très épurées proposées par Apple peuvent suffire… sur des usages très basiques, de type “sélection d’un film”, comme le propose l’AppleTV actuel : sur cette nouvelle génération, il faudra être plus ambitieux.

Troisième interrogation : l’intégration du flux TV

J’aurai pu commencer par là car c’est le point le plus problématique : si la GoogleTV se positionne “à côté” de sa chaîne numérique TV actuelle, elle n’aura aucun intérêt. Si c’est pour jouer ou lancer quelques gadgets, les consoles de jeux sont déjà là, présentes sous la TV, et bénéficient d’interfaces utilisateurs conçues depuis des années pour un affichage sur un téléviseur.

Pour que la GoogleTV soit pertinente, elle doit savoir exploiter les chaînes numériques que diffuse sa TV. Jobs le disait dans sa récente interview au D8 : plus personne ne veut d’une multitude de télécommandes et de boitiers. Il faut un “tout en un”, en débarquant sur un marché ou beaucoup se sont déjà cassés les dents…et se sont dispersés.

Prendre en compte le broadcast TV, c’est depuis des années le métier de Tivo, le boîtier qui a su percer aux Etats-Unis et qui continue aujourd’hui à bénéficier d’un succès (relatif). Or, il n’existe pas un boîtier Tivo, mais plusieurs, et chacun devant être configuré en fonction de sa solution de réception : câble ? satellite ? quel fournisseur ? Bref, avant même de commencer, on doit passer par un casse tête. Pas très mainstream, tout ça..

Quatrième interrogation : le marché

Dans les arguments évoqués par Steve Jobs, celui de la “gratuité” de ces devices : les consommateurs se sont trop habitués à avoir des terminaux gratuits, ou avec un faible prix de location “indolore”, car inclus dans ses frais d’abonnement. Selon Jobs (qui est, pour ceux qui ont passé ces 30 dernières années sur la planète mars, avant tout un vendeur de matériel), cette voie empêche toute innovation, car aucun acteur n’ira lancer un produit “gratuitement”.

Et, effectivement, on peut imaginer qu’un Apple n’ira se lancer que s’il trouve un moyen de “vendre” son produit (d’où les rumeurs, plutôt pertinentes finalement, d’un vrai téléviseur Apple, où le hardware de la partie interactive est vendu de manière “indolore”, puisqu’inclut dans son téléviseur au même titre qu’un tuner).

Au delà du problème du prix de vente, se pose celui des acteurs existants. Si la télé interactive est encore très immature, elle existe déjà, et de nombreux acteurs y ont investi déjà beaucoup d’argent. Comment réagirait un Free, par exemple, si Google va les voir en proposant de faire un “RAZ” de leur FreeBox HD et de s’appuyer sur des solutions Android ? Comment accepter de jeter à la poubelle des millions d’euros d’investissement, sans parler des terminaux déjà en place, pour repartir sur une solution plus cohérente… mais complètement différente ?

C’est finalement ce qui s’est passé sur le marché des téléphones avec l’iPhone : en quelques mois, Apple, puis d’autres, ont su complètement faire migrer le marché vers des plateformes nouvelles, avec de nouvelles habitudes. Mais le consommateur est depuis déjà quelques temps habitué à changer son téléphone fréquemment.

Sur sa TV, les choses sont très différentes ; il faudra savoir sortir la “killer app” qui fera migrer à la fois les opérateurs et les utilisateurs. Pas simple du tout…

Ben a inventé Twitter en 1963

Ben (Benjamin Vautier de son vrai nom) a fait fortune avec ses petites phrases, imprimées n’importe où, et à la calligraphie que vous connaissez tous. Mon fils a d’ailleurs une trousse à crayon marquée “Cette trousse contient une gomme qui efface les mauvaises notes”… Je vous dit d’avance, ça ne marche pas 😉

En retrouvant cette vieille photo, qui date d’un “happening” de 1963, on peut effectivement se dire que Ben a inventé Twitter… ou du moins son esprit !

Tout y est : l’information futile brute de coffrage, la position dans le temps… Finalement, on n’a rien inventé ou presque 😉

Steve Jobs ment-il à longueur d’interviews ?

(Cet article est inspiré de celui-ci, chez Wired)

Je le disais dans un précédent article, Steve Jobs a récemment bousculé les rumeurs, lors de la conférence D8, en annonçant que le marché de la TV était trop confus pour qu’il puisse s’y intéresser. Cette déclaration m’a rappelé, et je ne suis pas le seul, une des techniques favorites de Steve : le contrecoup. Commencer par affirmer haut et fort une vérité, pour mieux prendre ensuite par surprise. Petit florilège…

2008 :

Nous ne savons pas faire un ordinateur à $500 qui ne soit pas une grosse m… L’ADN de notre entreprise ne le permet pas”

→2010 : sortie de l’iPad… à $499.

2003 :

Il n’y a aucun projet chez Apple pour concevoir une tablette. Les gens veulent un clavier. Nous avons étudié le marché des tablettes, et nous pensons que c’est un marché qui va échouer.

→2010 : l’iPad s’est vendu à 2 millions d’exemplaires en deux mois.

2004 :

Je ne pense pas que les gens veuillent regarder une vidéo dans un petit écran.

→2005 : sortie du premier iPod Vidéo

2003 :

Je ne pense pas que nous serions très bon sur le marché des téléphones. Notre objectif est seulement d’écrire les meilleurs logiciels permettant de synchroniser des périphériques entre eux.

→2007 : Sortie de l’iPhone

2008 :

Peu importe que le produit soit bon ou mauvais. Les gens ne lisent plus.

→2010 : Ouverture de l’iBooks Store

2010 :

L’AppleTV est un simple hobby. Des gens plus malins que nous parviendront à conquérir ce marché.

Il parait qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Jobs est loin d’en être un, mais surtout, il n’a pas son pareil pour manipuler et préparer le marché pour l’arrivée de ses projets…