Rendre la liberté à ses applications - JD and Co

Rendre la liberté à ses applications

J’avais commencé à en parler il y a quelques mois, mes associés et moi même au sein de la société Octolys avons décidé d’ouvrir au monde du logiciel libre Thelia, qui est le principal produit de cette société, résultat de mois de travail de la part de Yoan, le principal développeur de notre petite structure.

(en préambule, je m’aperçois que j’ai beaucoup employé le “nous” dans l’article alors que j’ai joué un rôle finalement mineur dans l’histoire… Je tiens donc avant tout à remercier, féliciter, et m’incliner pour tout le travail accompli, Cédric, Frédodo et Joël, et surtout Yoan, dont Thelia est le “bébé”. Je suis pour ma part fier d’avoir ‘subventionné’ les premiers mois du développement, à l’époque où Yoan travaillait pour eComs, et surtout d’avoir pu travailler avec cette superbe équipe !).

Même si l’on en parlait depuis longtemps, et que nous étions tous utilisateurs et partisans du petit monde de l’OpenSource, prendre cette décision n’avait rien d’anodin. En effet, la commercialisation d’application d’eCommerce constituait la principale source de revenus de la société. Thelia représentait une somme de travail très importante et il n’était pas forcément évident de rendre d’un coup gratuit une telle somme de travail.

Cette décision a été prise il y a maintenant 6 mois, c’est l’occasion d’un petit bilan, qui je l’espère sera instructif pour toi, lecteur !

Le choix de la licence

Nous avons rapidement décidé d’utiliser la licence GPL pour diffuser notre application. Bien que radicale et restrictive, elle présentait pas mal d’avantages de notre point de vue :

  • Elle permet de garantir la “marque” Thelia, et la mention de l’origine du logiciel
  • Elle garantit le mode de diffusion gratuit du logiciel
  • Elément essentiel pour nous, elle garantit contre le “vol” de l’application par un concurrent. Rien n’empêche bien sûr à d’autres agences Web d’utiliser le logiciel (c’est au contraire un de nos objectifs), mais la licence impose de diffuser le source de l’application, ainsi que son origine. Il n’est donc pas possible (en théorie…) à une autre société de fermer le projet et de le vendre “comme si” ils avaient tout fait et qu’il s’agit d’une solution purement propriétaire.

La licence GPL a les avantages de ses inconvénients : son côté “contaminant” (Microsoft parle de “cancer”) impose de verser dans le mode libre toutes les extensions du logiciel. Même s’il faut prendre en compte d’une manière très sérieuse et réfléchie cette contrainte, il faut dire que dans notre cas ce n’était pas très génant : notre but est de faire évoluer le logiciel avec la communauté, pas de garder des parties ‘pour nous’ (comme le fait IBM avec le logiciel eclipse, logiciel libre dont certaines extensions IBM -WSAD, etc…- sont propriétaires).

Le modèle économique

On nous a regardé plusieurs fois avec de grands yeux ronds à l’automne dernier : nous venions de consacrer une année à concentrer tous nos efforts sur la mise au point d’une solution qui commençait à s’avérer pleinement satisfaisante, qui se vendait bien sur un système de licences, et… nous allions le rendre gratuit et le donner à quiconque le voulait !

Dans les faits, nous sentions que notre modèle “à la licence” atteignait ses limites :

  • Elle n’était pas très bien comprise par le client, qui achetait un logiciel… qu’il n’utilisait pas vraiment, du moins pas concrétement (pas d’emballage ni de CD ni de numéro de série… on aurait pu, certes !)
  • Il était très difficile de faire diffuser et vendre le logiciel par un prestataire tiers : comment contrôler qu’il nous achetait autant de licences qu’il en vendait ? etc..
  • Elle limitait toute flexibilité lors de la négociation d’un budget

Malgré ces limites, “tuer la poule aux oeufs d’or” était assez angoissant. Après quelques mois de pratique, voilà ce que l’on peut en dire :

Nous n’avons pas perdu nos clients “en direct”, pour qui nous avons plutôt une image de prestataire de services. Ils veulent un site Web, point. Peu importe finalement pour eux qu’on leur vende une licence ou du service, seul le chiffre en bas du devis (en continuant à utiliser les grilles tarifaires qui marchaient déjà “avant” le passage en mode OpenSource), et le produit final comptent.

En revanche, la perte du mode “licence” n’a plus permis de vendre des licences multiples à des agences Web utilisant notre produit d’une manière de plus en plus “autonome”. Gain net donc pour eux, et perte quasi sèche pour nous.

Toutefois, cela permet d’envisager des évolutions du mode de travail, et en particulier des commandes “sur mesure” pour certains clients, sous forme de prestations rémunérées… améliorations qui réintègrent ensuite le projet, GPL oblige !

La communauté autour du projet

Avec un bon référencement et quelques interventions sur des sites de références (dont un article sur LinuxFR le jour même de la bascule en mode libre, merci à eux !), le projet est vite devenu assez populaire (je laisserai Yoan faire quelques stats sur les téléchargements et consultations du site). Ca a amené une motivation supplémentaire sur le projet, avec la création en urgence d’un site potable, d’une procédure d’ installation digne de ce nom, d’un blog, forum, de documentation… (bon, sur ce dernier point j’ai encore beaucoup de boulot !)

Le “buzz” autour de l’ouverture du logiciel a très vite provoqué donc de nombreux contacts, dans la France entière, qu’on peut classer en trois types :

  • Les curieux, avides de tester le logiciel, mais qui souvent ont souffert du manque de documentation
  • Les supers-motivés, qui se sont proposés pour travailler sur des extensions du logiciel
  • Des sociétés cherchant un prestataire pour concevoir leur site d’eCommerce, voir une toute autre prestation, mais qui ont connu Octolys par le biais de Thelia.

En résumé, beaucoup de positif, et une campagne publicitaire complètement gratuite ! Même si les contacts ne sont pas tous intéressants, cela génère une activité non négligeable et qui n’aurait pas existé du tout sans le passage au libre.

Points plus négatifs

Tout n’est bien sûr pas des plus roses… Voici quelques retours plus négatifs que l’on a pu constater :

  • Gérer la communauté est très chronophage : animer les forums, répondre aux mails, ça prend beaucoup de temps, et ça ne rapporte rien, du moins directement. Pas facile de justifier dans une logique de rentabilité d’entreprise de passer parfois des 1/2 journées à résoudre des soucis gratuitement au lieu de tomber du boulot
  • Se faire une bonne réputation est très rapide… une mauvaise aussi. Le côté “complètement public” a des avantages, mais des dérives arrivent régulièrement, de la part d’utilisateurs souvent très exigeants… et parfois pas toujours de très bonne foi. Par exemple, ce thread de discussion sur le blog.
  • Le montage financier d’une société commerciale diffusant du logiciel libre est parfois mal compris. Beaucoup associent logiciel libre à “gratuité”, alors que l’essentiel n’est pas là. Les sociétés de services spécialisées dans le logiciel libre, comme toute entreprise, doivent gagner de l’argent, mais (et c’est le cas d’Octolys avec Thelia), préfèrent le faire sur du service que sur de la vente de logiciel.

En conclusion…

Un bilan très positif me semble t’il… Un logiciel en pleine forme, diffusé de plus en plus largement, et un modèle économique qui, loin de se dégrader, s’en trouve étendu. C’est un vrai plaisir aujourd’hui de voir des sites “propulsés par Thelia” sans que nous y participions nous même !

J’ai écrit cet article “dans mon coin”, j’espère que Yoan et les autres le compléteront avec leurs propres remarques. J’espère que ces quelques lignes permettront à certain d’entre vous d’y voir plus clair dans cette démarche de “libéralisation” du logiciel qui restera dans nos têtes comme une formidable aventure !

2 réflexions au sujet de “Rendre la liberté à ses applications”

  1. Ton article est plutôt complet, félicitation.

    C’est aussi pour moi un bel aboutissement.

    Notre projet montre que le libre au sein du monde de l’entreprise est viable, chose qui n’est pas toujours comprise.

    Le libre téléchargement de THELIA a débuté le 5 décembre 2006. L’application a depuis été téléchargée 7457 fois au moment où j’écris ces lignes.

    En 2007,thelia.fr (www, blog, forum) reçoit environ 3800 visiteurs différents par mois avec un pic 4921 en janvier, peu de temps après la news sur Linuxfr.org.

    Pour un début, je suis plutôt satisfait. La communauté autour de THELIA est en pleine croissance et les sites commencent à fleurir.

    A suivre … 😀

  2. De9fendre la licence GNU GPL (effectivement c’est son nom exact mais sans le slash pour faire un peu d’enculage de mucohe ) est louable, et d’ailleurs bien loin de moi l’ide9e de la remettre en question : si pour Thelia nous avons fait le choix de cette licence, ce n’est pas par hasard, mais aussi pour se mettre clairement dans le camp des libristes et pas simplement de l’opensource (mais yoan de9fendra ce point de vue mieux que moi )mais je vais me re9pe9ter : le cas des modules du noyau linux proprie9taires me pose vraiment question. Ca n’est pas simplement accepter de diffuser un Quicktime dans une distribution. C’est tole9rer qu’un e9le9ment inte9grant de manie8re extreamement intime le noyau ne partage pas sa licence (techniquement, un module du kernel est quand meame beaucoup plus qu’un simple driver , et beaucoup plus inte9gre9).apre8s, re9pe9ter le cas ge9ne9ral ne va pas m’aider e0 trouver une re9ponse : ce truc des modules proprie9taires est un vrai cas particulier, et dont j’ignore la justification juridique (j’espe8re qu’elle existe )attention, je ne dis pas que le proce9de9 me choque : il y a eu un moment, que j’ai bien connu e0 l’e9poque, of9 il a fallu faire un choix entre priver Linux de tout hardware dont la documentation e9tait lie9e e0 une NDA (Non Disclosure Agreement), ou mettre un coup de canif dans sa licence d’origine. Mais ce coup de canif est il tenable le9galement ?

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